François Corneloup a eu plusieurs vies.
Et il faut avoir eu plusieurs vies pour avoir envie de faire la Révolution. Une vraie révolution, celle qui n'est ni un diner de gala ni un fantasme qui se soigne au biactol.
François Corneloup a eu plusieurs vies, et pourtant il a surtout été saxophoniste baryton. Un baryton reconnaissable entre tous, qui se charge d'animer la rythmique sans abandonner cependant une certaine légèreté que lui seul sait avoir, à l'image de la douceur amicale de "Fileuse" que Corneloup dédicace à sa vieille amie la contrebassiste Hélène Labarrière.
Parce qu'il n'y a pas de Révolution, s'il n'y a pas de camaraderie.
Des Jardins ouvriers aux orchestres d'Henri Texier, de Noir Lumière jusqu'à Ursus Minor, il y a plusieurs chemins qui mènent à un même but. Et peut être est-ce ça la révolution : réveiller les consciences (et faire gigoter les membres) tout en ne se lassant pas d'une certaine poésie. C'est tout l'enjeu de ce disque enregistré en quartet, avec des pierres angulaires comme l'électricité de Sophia Domancich, plein de douceur feutrée et néanmoins de tension sur le très beau "un arbre", mais aussi tout le travail de contrepoid exercé par le jeune tromboniste Simon Girard, remarquable de bout en bout et qui offre à Corneloup beaucoup de Liberté.
Qui dit révolution dit jeune garde (prenez garde...). Il ne s'agit pas de jeunisme, il s'agit de sang frais. A ce titre, outre Girard entendu chez Gaël Horellou, on trouve une bien saignante base rythmique avec Joachim Florent à la basse électrique et Vincent Tortiller à la batterie, qu'on avait pu apprécier dans l'orchestre de son père, singulièrement dans le génial hommage à Frank Zappa où il était indispensable.
Dans le présent exercice, qui se situe au mitan des expérience d'Ursus Minor (ça groove de partout, et notamment lorsque la basse asticote le Rhodes de Domancich) et de la dynamique générale des orchestres de Texier, le rôle de Vincent Tortiller est absolument primordial. Il est le genre de batteur qui sait en faire beaucoup sans en faire trop, qui sait libérer la basse et permettre aux deux soufflants de batailler avec grand enthousiasme. C'est sensible dans un morceau comme "Avant la danse", où, considérons-le, la danse a bel et bien commencé.
Révolution assume son côté rock, sans pour autant sombrer dans la caricature. C'est aussi l'une des forces de Corneloup qui sait très bien doser les choses tout en gardant un côté gouailleur voire bravache : en témoigne cette reprise très osée de "Tomorrow Never Knows" des Beatles qui sait garder l'esprit tout en dynamitant l'aspect ésotérique et psychédélique du morceau initial.
La Révolution, c'est du concret, l'oisif ira loger ailleurs !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir... Enfin presque.

48-L'apéro