On avait laissé Naissam Jalal sur Om-Al-Aagayeb, voyage ré-initiatique en Egypte, comme je l'avais appelé à l'époque, et la voici qui revient déjà aux affaires, libérée, prête à de nouveau se battre avec son escouade de combat, son quintet Rythms of Resistance avec qui elle avait enregistré il y a quatre ans Almot Wala Almazala ; on tirait les leçons des printemps arabes. Deux an après l'Hirak algérien, ultime réplique peut-être, il est le temps du souvenir : c'est pour celà, sans doute, que sur le second album d'Un Nouveau Monde, on retrouve le déchirant et puissant, justement, "Almot Wala Almazala" enregistré avec l'Orchestre National de Bretagne, fruit d'une résidence et surtout d'une vraie prise de conscience par Naïssam de son talent de compositrice. Dans ce morceau, symbole, on entend tout ce qui l'anime, de la rage folle, de la colère canalisée dans ses growl de flûte et sa voix qui s'élève, mais aussi dans la spiritualité environnante, dans la place laissé au silence, à la lenteur, à l'esprit.
A l'impalpable des âmes qui sont les cuivres et les bois de l'orchestre, jusqu'à la colère crescendo, libératrice, explosive et finalement joyeuse malgré la peine.
Il y a tant d'espoir dans la musique de Naïssam Jalal : elle se précipite ici, mais elle infusait déjà dans tout le disque ; dans la légèreté de "Samaaï al Andalus" où sa flûte va à la rencontre des cordes, celles toutes en taffetas de Karsten Hochapfel, sorcier d'Odeia, qui éclaire aussi parfois le disque de sa guitare. Celles, neuves de Damien Varaillon à la contrebasse qui vient complèter une base rythmique solide et assez impliqué dans un groove assez traditionnel.
Un port d'attache qui permet toutes les expéditions, comme celles, impétueuses et aux influences coltraniennes que l'on découvre avec le saxophone de Medhi Chaïb. La musique de Rythms of Resistance va droit au coeur, va droit au but, c'était déjà le cas avec les albums précédents, mais la flûtiste a gagné en épaisseur, et en confiance. "Promenade au bord d'un rêve" en est le parfait exemple. Elle a appris à garder cette maîtrise du temps, de la réflexion sur le silence qu'elle avait expérimenté avec Quest of The Invisible, notamment grâce à la grande liberté dont elle jouit, offerte notamment par un Dolmen très coloriste, tel que, peut-être, on ne l'avait jamais entendu.
C'est dans le disque avec l'Orchestre National de Bretagne. "Un monde neuf" est un manifeste, joyeux, à la ligne claire, dessiné par la guitare de Hochapfel, il y a une vraie circulation, une libre circulation des pensées et des âmes. Ce n'est pas un hymne -elle les déteste, voir "Hymne à la noix"-, mais c'est une mélodie émancipatrice.
Le nouveau monde de Naïssam Jalal ne fait pas table rase ; il n'y a qu'à la voir dans ce verger bordé par la raffinerie de Grandpuits (en grêve) à rebâtir déjà sur ce qu'il restera. Un autre monde est un disque qui fait du bien, et qui dit les choses. "Comment te dire notre colère" adresse-t-elle au pays sur "D'ailleurs nous sommes d'ici".
Comme ça, et avec talent.

01-Naissam