C'est beau, les voyages. On n'a plus guère l'occasion de le faire du fait de la pandémie, ou plutôt de la gabégie de la gestion capitaliste de la pandémie, alors on laisse les musiciens le faire pour nous. Ou mieux, on s'autorise à monter sur les épaules des géants de l'imaginaire que sont des musiciens comme Tony Hymas, et on pénètre dans leur propre voyage.
Tony Hymas est un pianiste remarquable. Sa carrière, sa passion pour les musiques émancipatrices quelles que soient leurs origines et leur temporalité, est un fil rouge dans nos musiques, tout comme l'est le magnifique label nato. Le dernier solo qu'Hymas nous avait offert était autour de Léo Ferré. Ici, il panache les musiciens, mais c'est un vrai programme auquel nous sommes invités.
Un travelling scénarisé, un film choral cohérent dont le sujet est la liberté universelle, non négociable et dont les seuls liens ne sont pas ceux qui attachent mais ceux qui libèrent, à l'image de "La complainte du partisan" d'Emmanuel D'Astier de la Vigerie qu'Hymas entonne mezzo-voce, comme on le fait lorsqu'on invoque le souvenir. Ici, il s'agit de Georges Guingouin, héros des Chroniques de Résistance dont Hymas était le fomenteur
C'est évidemment nato qui nous offre ce solo de l'anglais dans De Delphes... pérégrination dans des lieux et des souvenirs, tout autant Air de Jeux chère à Satie, auquel Hymas aime à rendre hommage que blues avec Frédéric Rzewski. Autant pianiste virtuose avec l'évocation de Marie Jaëll, génie du clavier gentiment négligée parce que musicienne, que Sidney Bechet, puisqu'on sait l'attachement de Hymas et nato au

cueilleur de petites fleurs.
Une figure apparaît centrale dans ce disque, elle l'était finalement déjà présente dans les correspondances d'Hymas dans les Airs de Jeux, c'est celle de Debussy. Pas seulement parce qu'il reprend "La Plus que lente" avec une élégance qui lui est propre, mais parce que tout, dans l'esthétique choisie, évoque la douceur de Debussy. Jusque dans "Premier hymne Delphique" qui ouvre l'album comme un point de départ, et qui semble, doux mirage, correspondre avec la première Gymnopédie de Satie qui lui fait suite et joue sur les mêmes ressorts de la simplicité et de la fluidité. 
Debussy dont je ne savais pas qu'il avait des liens familiaux avec la Commune de Paris, dont la portée politique ne cesse d'irriguer nato et Hymas. Debussy qui comptait pour Bechet tout comme Cécile Chaminade, auquel Hymas rend également naturellement hommage. Debussy aussi qui était attaché à Delphes comme instant de création historique. 
Avec De Delphes, Tony Hymas sort l'un des plus beau disque de l'année.
Naturellement.

 

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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