Intéressons-nous à Boris Lamérand.
Parce qu'il apparaît sporadiquement dans quelques projets plaisants, comme ce magnifique Theorem of Joy du contrebassiste Thomas Julienne, parce qu'il fait partie d'une famille de musiciens créative et ouverte du côté de Paname et qu'on pourra déterminer sous le nom de "l'axe Ellinoa-Julienne" qui nous tient tant à coeur ici.
Intéressons nous à Lamérand parce que son duo demain les chiens (comme le bouquin de Simack) est très intéressant, avec son violon électrique et la batterie de Sébastien Clément qui vient piler tout ça comme du verre recyclé.

Intéressons-nous à Boris Lamérand, enfin, parce que son album avec son quartet à cordes Les enfants d'Icare est assez remarquable ; et surtour réinvente complément l'approche de l'exercice. On s'en aperçoit dans "Daf Algan", le premier morceau qui n'a pas d'effet antipyrétique (la fièvre est là) mais est d'une rigueur rythmique époustouflante.
Les enfants d'Icare n'on pas de percussions officielles, mais leur cordes font bien le taf : Octavio Angarita au violoncelle et Olive Perrusson à l'alto y veillent au grain. Cette dernière, on la connaît : elle joue dans l'orchestre Ophelia de la formidable Ellinoa. Quant à Angarita, son profil de musicien de studio (il travaille beaucoup pour des vedettes éphémères de la musique commerciales) en font un artiste assez versatile, ce qui est idéal ici
Ici, et notamment dans le beau "L'effet Mandela" est excelle. Son alto est un souffle, et ça c'est assez symptomatique : les enfants d'Icare ne s'arrêtent pas aux timbres habituels de leur orchestre. Ils cherchent, il trouve, et c'est joli.
Hum-Ha est un disque court, coloré et joyeux. On pense qu'il part dans tous les sens, offre même de la belle entropie lorsque la pianiste Carine Bonnefoy les rejoint sur "Gizmo" (on aura du lui donner de l'eau après minuit...), mais se révèle d'une unité et d'une cohérence rare pour un premier album.
C'est à la fois rigoureux et un joyeusement foutraque, complexe et d'une simplicité désarmante, c'est même parfois joliment pop, notamment lorsque le clarinettiste Clément Caratini rejoint le quatuor sur "GeamFarale" où l'orchestre prend des atours Klezmer. On voyage beaucoup sur ce disque, et on voyage léger.
Hum-Ma est un petit bonbon. Doux, sucré, rapide en bouche mais très agréable. Boris Lamérand s'impose comme un excellent violoniste et un compositeur doué. Ce disque, soyons-en certain, en appellera d'autre, qui pourront prendre peut être un peu plus de champs, abandonner la joliesse pour partir encore plus loin à l'aventure. Mais l'oeuf sur la pochette aura tôt fait d'éclore.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

03-Jaujac