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Sun Ship
Franpi, photographe et chroniqueur musical de Rouen, aime la photo, les concerts, les photos de concerts, la bière, les photos de bière, le Nord, les photos du nord, Frank Zappa et les photos de Frank Zappa, ah, non, il est mort.
Prescripteur tyrannique et de mauvaise foi, chroniqueur musical des confins.
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12 mai 2023

Papanosh - A Very Big Lunch

Il s’agit de faire avant toute chose une confidence : avant de prendre en main le nouvel album de Papanosh, je n’avais jamais lu de Jim Harrison. C’est idiot et totalement surprenant de la part d’un amoureux de la « Littérature Américaine des Grands Espaces »™ comme moi, mais c’est ainsi.
Entre la poire et la soif, j’ai donc décidé, entre deux écoutes de A Very Big Lunch de me pencher sur l’œuvre du rustre barbu avant d’écrire ces lignes, ce nouveau disque écrit par le claviériste Sébastien Palis étant entièrement dédié au romancier américain, à commencer par son titre, Un sacré gueuleton, hymne hédoniste s’il en est.
Sur le siège passage de la Ford Taurus qui me conduisait dans le « Nord Michigan » et ses chorus de soufflants (remarquable alchimie entre Raphaël Quenehen et Quentin Ghomari), j’ai compris.
Car on peut être vite surpris par le nouvel album de Papanosh, par cette esthétique et ses abords plus sages, loin de Prévert et de Mingus, ses passementeries chorales et ses douceurs poétiques. Le piano de Palis, les baguettes de Jérémie Piazza qui cherchent l’espace, tout n’est qu’une autre façon de chercher la liberté.
Une façon peut être plus mature ; par conséquent plus profonde.
Les petits jeunes des Vibrants Défricheurs ont quarante ans maintenant, et le Jim Harrison qui conduit la Taurus est à peine plus âgé que moi.
Dans cette musique de Papanosh, il y a le temps qui passe et le goût du voyage ; après une intro très colemanienne, tendance ornette, où Jérémie Piazza et le contrebassiste Thibault Cellier font parler la poudre, « un bon jour pour mourir » bifurque : Sébastien Palis et Raphaël Quenehen nous emmènent ailleurs, dans un univers moins brut, plus tortueux, éclairé par la trompette de Quentin Ghomari.
Rien n’est univoque, c’est ce que l’on perçoit à la lecture d’Harrison. C’est ce que parvient à retranscrire le quintet, sans rien perdre de sa poésie, et même avec un certain lyrisme (« Chien Brun ou Cellier est fantatique). Il y a dans l’approche de l’écriture de Palis quelque chose de doux qui colle bien à « Dalva », où le saxophone va chercher des émotions enfouies. Quelque chose d’élégant qui fait penser par moment à des figures du jazz français auquel on ne les aurait pas forcément associé, de Christophe Marguet à Guillaume de Chassy (« Westward Ho »), mais qui coulent dans leur oreilles depuis toujours et n’oblitère en rien un dadaïsme circonstacié.
Ainsi, Papanosh n’a jamais cessé de voyager. N’a cessé d’aller chercher l’altérité. Les balkans de leurs prime jeunesse ou les danses des Terres de Feu ne cachent plus leur fascination initiale, c’est d’une Amérique fantasmée, sublimée. Un quartier de Nueva York, entre Little Odessa, Lower East Side et East Harlem…
Plus simplement romanesque. Une Amérique à eux, comme il y avait eu Mon Amérique à moi, album antédiluvien de Quenehen et Piazza, plus connus sous le nom de Petite Vengeance.  On bouffe des grands espaces dans A Very Big Lunch, et on n’est jamais rassasié. On a le choix des plats, du blues terrien de « Nord Michigan » jusqu’au très naturaliste « Faux soleil ». Papanosh parvient à nous emporter dans leur monde.
Une Odyssée Américaine est un disque très réussi qui compte beaucoup dans ce début d’année.

13-Raph

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