J'adore le travail d'Yves Rousseau. Le contrebassiste est l'auteur d'une musique enthousiasmante, poétique, à la fois très radicale et facile d'accès. Après deux albums qui compte dans les discothèques mélomanes, "fées et gestes" et "Sarsara", le musicien et son fidèle quartet (dont l'indispensable Jean-Marc Larche aux saxophones) s'attaquent, aidées par les voix captivantes de Jeanne Added et Claudia Solal aux textes de Léo Ferré.
Léo.
On est loin de l'infernal pensum que nous a servi l'infatué Murat en guise de profanation, un peu comme celle que Pagny fait subir à Brel. Non, on est dans le juste, dans la perpétuation. Dans le jazz. Rousseau dit dans les notes "Ferré sur scène, c'est Coltrane". Merci pour eux, et du coup, merci pour nous.

Là ou l'erreur aurait été de prendre des textes patinés par la reconnaissance populaire, Rousseau va chercher des textes qui a de rares exceptions n'ont jamais été mis en musique. Et les offre à deux des chanteuses jazz les plus intéressantes du moment. Les deux s'escriment et s'entrecroisent, fleuret-mouchettent, Jeanne Added, des granules d'Elise Caron dans la voix interprètent un "Où va cet univers" qui laisse pantois, larme à l'œil et poils dressés, par la beauté du texte et de son interprétation.
On pense (et Rousseau était de l'aventure) souvent à "Sade Songs" de Jean-Rémi Guédon et Archimusic, ou Elise Caron disait des textes du divin marquis sur une musique formidablement à propos. On notera également la présence de Christophe Marguet à la batterie. Il est formidable sur ce titre "Où va l'univers" et sur ce déluge de violence rythmique qui clôture l'album "Le testament".
Un disque coup de cœur, en belle place dans ma discothèque.