... Mais on est en droit de nourrir à l'encontre de leurs thuriféraires une égale détestation !
Puisque nous parlons d'économie -il semble que ce soit un sujet central ces dernier temps, même si j'ai beau scruter, je ne vois pas beaucoup de saut sans parachute dans les grandes places économiques-, peut-être l'occasion est-elle bonne de revenir un peu sur l'économie du disque, de la musique, et même, soyons fou, des produits culturels de masse en général.
Mettons de côté le marché de l'Art, auquel je n'entend rien, et qui me semble résulter d'un mécanisme aussi délirant que celui des subprimes, rajoutant à cela une morgue branchouille et un mécanisme de cour multiplié par le mépris.. J'adore les Performances, les Happenings, le Conceptuel et l'Abstrait en général... Je déteste qu'on m'explique pourquoi c'est cher, avec les arguments les plus merdiques possible. Fin de la digression.
C'est à la lecture de ces deux articles, chez Sophie et ailleurs, qu'une réflexion me semble intéressante sur le sujet. D'abord, il convient de s'entendre sur les termes : la circulation de musique ne s'est jamais aussi bien porté, et paradoxalement n'a jamais été aussi frustrante, de par la relative invisibilité des musiques que le goût imposé dominant (voir à ce sujet les charts de l'indispensable Musique Info Hebdo : les achats et les airplays... On diffuse ce que les gens aiment ou on fait aimer au gens les seules choses qu'on diffuse ? Laissez, j'ai la réponse : la curiosité n'étant plus de mise chez les programmateurs de masse, qui sont passés en radio de 5 rotations/jours à parfois 6,7 ou 8 d'un seul morceau...).
Pourquoi frustrante ? Parce que depuis longtemps, le marché du disque de niche a compris le modèle économique de la bière artisanale (nous y reviendrons), et la transition d'une économie de Maisons de Disques vers une économie de Label. Le label est beaucoup mois enrichissant pour la perméabilité entre les musiques, qui étaient l'apanage des grands ingénieurs du son des Majors (mot qui n'avait pas le sens d'aujourd'hui à l'époque). Prenons pour exemple George Martin qui passait de Henry Purcell aux Beatles pour continuer avec le Mahavishnu Orchestra en rendant poreuses ses techniques (sauf avec Purcell, qui était poreux depuis 1695, mais à l'insu de son plein gré)... Difficile de voir cela aujourd'hui dans la musique globale, sauf dans -justement- certaines niches qui portent un intérêt à la valse des étiquettes.
De ces niches dont on parle souvent ici.
J'avais déjà abordé la question l'autre jour, je vais la préciser ; il n'y a pas que la médiocrité grandissante du MP3 qui m'inquiète, il y a aussi, dans la production actuelle, pour l'habitant relégué dans un endroit ou la vie sociale et musicale ne serait pas géniale -prenons Bains-les-Bains, par simple provocation- une impossibilité, nonobstant Internet de découvrir de nouvelles choses en dehors de ses affinités électives et de ses découvertes liées à son environnement.
Parce que c'était différent avant ? Je suis fondé à le croire. Le mainstream s'étant réfugié sur deux ou trois canaux, difficile de s'en départir. Dans les années 70 et 80, les nouveaux courants se sont popularisés parce que les majors ont bien voulu s'en emparer. Dans les années 50 et 60, la musique savante a intégré la culture de masse, parce qu'il y a eu les "porteurs de disque au fond des 4L" comme Harmonia Mundi -qui avait tout compris avant tout le monde, avant de ne plus rien comprendre comme personne- pour la démocratiser. Qui tient durablement ce rôle aujourd'hui ? Les sites marchands pluridisciplinaires ? Autant chercher une once de finesse dans le dernier slipknot, vu leurs connaissances des produits... Qobuz ? Trop tôt... Et  malgré l'ouverture fantastique de MySpace et consorts, l'ado est contraint de se faire ses goût grace à la radio qui diffusent les mêmes merdes depuis 25 ans sans prendre une once de risque. Ce n'est pas nouveau ce que je vais dire, mais les clients des radios, ce sont les publicitaires, pas les auditeurs.
C'est sur le même mode que les majors nous enflent avec leur jérémiades sur le marché déclinant.
On a bien compris que le marché du disque physique ne se concevrait plus à terme que pour les collectionneurs. Mais en fait, ce marché ne décline pas du tout, il mute : ça pète de trouille de prendre un risque, ça regarde son compte en banque dès qu'il s'agit de signer un artiste qui oserait dire quelque chose de nouveau, de différent, de détonnant ou de dissonant. Bref, derrière des lunettes de soleil et des airs cool, derrière une attitude de rebelle, ça ségmente surtout la non-prise de risque, ça pèche le pire sur Internet dès que ça buzz un peu, et ça pue le fric et le mépris de son activité d'origine : produire des artistes pour mener un projet artistique.
Et c'est là que je vous invite à relire le lien de tout à l'heure sur le modèle économique des "bières artisanales" :
Le modèle dominant s'étant peu à peu paré de produits insipide, se ressemblant tous, étant pasteurisé jusqu'au haut-le-coeur, des adeptes du Do It Yourself (DIY) se sont mis à ressortir des vieilles recettes ou en créer de nouvelles pour faire revivre une activité brassicole digne de ce nom. C'est ce DIY qui a prévalu aussi dans l'essor du rock alternatif en France dans les turpides années 80.  Comme pour la bière, Certains ont rejoint le système pour mieux s'affadir, d'autres ont perpétués la chose jusqu'à devenir des vrais acteurs économiques influents qui ont forcé les majors à s'adapter... Malgré quelques trahisons ! Mais même ces trahisons ont fait muter les Majors.
C'est ce DIY qui prévaut désormais dans toutes les cultures de niche (Du Mathcore au Jazz indépendant), et c'est ce DIY qui permet aux petits labels indépendants de ne pas se porter plus mal que ça. Ce qui manque désormais, c'est la culture du Réseau, un réseau indépendant, qui regroupe les petits et qui fasse vivre la chose. C'est peu de dire qu'en se mettant à l'electro avec 10 ans de retard, Harmonia Mundi a loupé le coche !
Car pour le disque ou le MP3, celui qui gagnera l'affaire, c'est celui qui fédèrera les niches sans vouloir les diriger. Et si ce regroupement ne se fait jamais, la musique risquerait de ne plus parler le même langage d'un genre à l'autre. Ce serait d'une tristesse infinie.

Et pour finir, une photo qui n'a -absolument- rien à voir.

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