Normalement, puisque le Baby de Baby Boom est barré, on ne devrait plus bientôt l'appeler comme ça, mais le quintet de Daniel Humair qui avait fait grand bruit en 2003 avec outre le vénérable batteur, la fine fleur new generation du jazz français, dans une sorte de workshop endiablé et classieux, fleur du label Sketch aujourd'hui disparu, est de retour sous ce nom, même si les bébés ont bien grandis.
Cinq ans ont passés. Dans l'univers des labels classieux aux sorties comptées mais toujours remarquables Bee Jazz a pris la place laissée vacante par Sketch. Ceux qui étaient les élèves de Humair au CNSM sont devenus les leaders idéologiques d'un free-jazz moderne et francophone, explorant tous les versants de la création d'un son brut, improvisé et créatif.
C'est amusant les années qui passent à suivre des artistes ; Humair fête ses 70 ans dont 50 ans à taper dans des futs pour écrire l'histoire du jazz, et ses deux dernières sorties sur Bee Jazz -nous avions évoqué Full Contact en juin- sont des modèles de modernité, de créativité et d'indépendance. Quant aux quatre autres, la distance qui sépare les deux Baby Boom est abyssale. En 2003 le talent, la technique, les directions à prendre et la fougue perçaient déjà sous la férule du batteur, leader incontestable d'une jeune meute de chiens fous. La version bonus, en gardant une ligne directrice empreinte de liberté totale, que l'on peut apparenter aux travaux de Portal période Chateauvallon/Le Chouartse, consacre l'alchimie de cinq solistes travaillant à la même hauteur, en assumant chacun sa part de leadership, dans son registre. Dans l'ordre, on peut citer : Musicalité facétieuse et rythmique parfaite de Daniel humair, rondeur et profondeur pour un Sébastien Boisseau dont la contrebasse virevolte, virtuosité implacable et folie incontrôlable des deux saxophonistes Christophe Monniot et Matthieu Donarier et technique implacable, inflammable et désarmante de Manu Codjia à la guitare électrique, c'est tout le disque, court et précis comme un uppercut qui consacre le talent de cette dream team.
Parmi les neuf morceaux, difficile d'en extraire un, tant la palette est variée et homogène. Il y a Vlada V qui consacre en un solo l'électricité salvatrice de Codjia sur un morceau signé de son confrère Muvien, il y a la reprise d'Ellington sur Mood Indigo qui montre l'évidence et la cohérence de ce quintet... C'est cependant l'ouverture de l'album, "Direction Technopôle" et son allure destructurée qui porte la patte de Monniot qui reste le meilleur morceau d'un album indispensable.
Et une photo qui n'a rien à voir, même si c'est effectivement la Direction Technopôle  (je suis joueur ce soir, seuls les rouennais pourront comprendre)

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