Existe-t-il aujourd'hui de trio plus classieux, plus cinématique et plus positivement limpide que le trio de Jean-Philippe Viret ?
C'est la question que l'on peut se poser à l'écoute de "Le temps qu'il faut", le dernier album que le contrebassiste a composé avec son complice de toujours, Edouard Ferlet au piano et le nouveau venu Fabrice Moreau à la batterie, en lieu et place d'Edouard Banville, qui était du dernier -fabuleux- album "L'indicible". C'est Mélisse, le label d'Edouard Ferlet qui nous propose ce beau disque.
Un Fabrice Moreau qu'on pouvait découvrir dans un autre trio remarquable, celui de Guillaume de Chassy. L'ajout de ce batteur extrêmement mélodique, metallique, attentif à la collusion artistique que forme la "courroie de transmission" Viret /Ferlet , une et indivisible, est une vrai trouvaille.
Viret/Ferlet, c'est une alchimie, chacun laissant une place à l'autre, entre jazz diaphane et musique contemporaine, influencée par Bartok ou Debussy. Ferlet, comme toujours, éclabousse de talent l'ensemble d'un album ou le propos compte parfois moins que la beauté formelle.
Le style est affirmé, baguenaudant entre chacune des influences, entre dissonance et recherche d'esthétisme. Intimiste, l'album sait créer par petites touches (un archet de Viret, une émanation cinématographique...) une véritable sensation de récit en marche, de sentiments à venir. Une tendance à la musique de film qui est plus qu'un postulat, tant chacun des morceau semble sorti d'un film en construction un album pointilliste et abstrait dans lequel on se plonge totalement pour ressortir apaisé.
Un disque d'une simplicité évidente, et surtout parfaitement réussi.
Et bien sur, une photo qui n'a rien à voir... Quoique bêtement esthétique.

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