Il est parfois recevoir des disques comme une lettre d'un ami.
Des gens qu'on ne connait pas vraiment, croisés à l'occasion d'un ou deux mails échangés ou de considérations évasives autour d'une bière avec des amis interposés, mais avec qui on s'aperçoit, dès la première écoute qu'on a plus qu'un amour de la musique en commun.
Un univers, un monde :
Un éclat de rire de Zappa, une liberté durement gagnée qui force le respect de ceux qui l'ont conquise et qu'il faut défendre avec les dents, des enchevêtrements d'arrangements gaufrés pour des films seventies que la musique tirait vers le haut, une tradition -klezmer- d'échange, d'errance et de voyage, des fulgurances gouailleuses qui reluquent vers Céline, quelques sucreries perdues de comédie Italienne, de l'art perdu d'avance, de la musique savante passée dans une lessiveuse punk, une indépendance viscérale et une ouverture au monde... L'objet musical, photographique, littéraire et graphique du Surnatural Orchestra, "l'homme sans tête" est une synthèse de tout ce que je défend dans ce blog.
Ce qui leur fera une belle jambe, mais moi ça me chamboule encore...
Surnatural Orchestra est un collectif de musiciens, la fine fleur pourrait on dire, de la jeune scène jazz parisienne. Parmi eux, on retrouve des musiciens du bruit du [sign] (Sylvaine Hélary, Nicolas Stéphan, Julien Rousseau), qu'on aime particulièrement par ici, accompagné de tant de talents qu'il serait injuste d'en extraire un.... Le matériel est compact, festif, tend vers la collectivisation de l'objet musical : une direction commune et un chemin mené au gré d'un chemin musical tortueux mais limpide, libre et éclairé.
L'idée de Surnatural Orchestra est d'une simplicité hors-norme, tout comme le propos, éloigné de toutes posture : celui de jouer en ensemble, de créer une musique vivante et vivace, ouverte, élaborée et sophistiquée sans être pour autant complexe. Axé sur la communication dite du soundpainting, le travail des 24 musiciens (21 soufflants, 1 clavier et 2 batteries) explore en offrant à chacun sa créativité, un univers luxuriant et commun, d'où certaines pièces s'extrayent d'elles-mêmes : "Hé, machine !", "Sude" ou "Groumlat" sont des morceaux d'une rare intensité.
C'est l'objet lui aussi qui interpelle : boîte à malice contenant deux disques, une nouvelle et un carnet de croquis, "L'homme sans tête" est un objet magnifique qui trace des nouvelles voies dans le commerce de la musique... Un indispensable !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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