Le sens de la Marche est un miracle. Un disque fort, puissant, épais qui vaut autant par la musique mature et aboutie de Marc Ducret, musicien que le live délivre et qui offre ici une vraie expression à ce qu'il défend depuis des années, que par l'abnégation de plusieurs militants de la cause improvisée qui ont permit ce disque remarquable, témoignage d'un projet plein. C'est évidemment sur Illusions, label d'une grande richesse et d'une grande liberté que ce projet a abouti, dans une pochette encore une fois magnifique.
Marc Ducret fait partie de ces musiciens pour lesquels il n'y a pas de demi-mesures, de compromis, de tiède. Ducret, on aime ou l'on déteste, mais s'il faut lui reconnaître une chose, c'est sa volonté de créer toujours une musique en mouvement. La musique de Ducret cherche et avance dans ses ramifications, ses origines, son déferlement fièvreux et métallique, et même dans ses fausses pistes. Il est indubitable également que le guitariste est devenu plus qu'incontournable, et que le son particulier de ses créations, entre déchirement électrique, groove fiévreux et sculpture bruitiste du son et de l'instant influence durablement de jeunes musiciens... Et pas forcément des guitaristes.
C'est d'ailleurs entouré d'une jeune génération talentueuse (Antonin Rayon du Surnatural, épatant aux claviers ou Matthieu Metzger du nouvel ONJ au sax alto...) que Ducret a enregistré "Le sens de la marche". Une marche inexorable faite de cette puissance fragile, brisée parfois qui semble caractériser la musique de Ducret. Une musique qui prend toute sa place et sa puissance dans cette procession de 11 musiciens enflammés et inflammables, faite de dialogue électrique entre la guitare et le vibraphone inaltérable de l'incroyable Tom Gareil, de cassures virulentes de soufflants exaltés, parmi lesquels Hugues Mayot fait des merveilles au baryton.
On avait déjà entendu Ducret sur un projet similaire dans le nombre et dissemblable dans le propos, "Qui Parle ?", sorti chez Sketch en 2003. Si le trio de base, avec Echampard à la batterie et Chevillon à la basse reste le même, le son est résolument différent, plus tourné vers une rythmique cabossée, primale, organique, plus personnel aussi, moins tourné vers les voix de la foule, l'indicible, à l'exception peut être du "menteur dans l'annexe", morceau qui fait la jonction impalpable entre les deux univers.
En tout cas, les grands ensemble ont de la gueule en ce moment...
Indispensable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir. Enfin presque.

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