Thelonius Monk fait partie des grands noms du jazz que j'ai attaqué par le face Nord assez tard dans mes pérégrinations musicales, sans doute un côté un peu suranné qui me faisait peur... Il en est comme des livres des grands auteurs du hall of fame, qui font trembler avant de les prendre en main, ou qui font coinquer les cuistres : c'est quand on a maturé dans son voyage qu'on en perçoit le sel, l'importance... Et qu'on se demande comment on avait pu passer à côté avant.
Underground est sans doute l'album le plus important de ce quartet, même si la plupart des gens n'en connaisse que la bien surréaliste pochette, qui représente Monk et sa vache de salon, déguisé en Résistant français de la première heure ayant capturé un nazi. J'ai longtemps hésité avec son album Solo Monk, que je trouve joyeux et emplit du poésie tordue et rigolarde, mais c'est la présence des fidèles lieutenant du pianiste qui a penché pour underground, et notamment les morceaux de bravoure de Charlie Rouse, sax Ténor classieux et parcimonieux qui fit beaucoup pour ajouter une touche abstraite dans le mélodisme décalé de Monk, ou le soutien du contrebassiste anguleux Larry Gale, s'offrant quelques terribles soli, notamment sur le très Monkien -ça tombe bien- Green Chimneys. Ce morceau est d'ailleurs la pierre angulaire d'un album très cohérent et compact où chacun des musiciens semblent donner leur meilleur dans cette rythmique de rupture qui sert une mélodie retorse et raffinée. Le sens de la composition, cette "complexité efficace" dont Monk s'est fait maître, prend tout son sens dans la bluette Ugly Beauty, la rythmique encadrant un dialogue serein entre Rouse et le pianiste.
Ce qui frappe, c'est que le talent de composition d'un Monk qui ne prend aucune ride à l'énième écoute, son stride coquin ne cachant pas une érudition musicale qui sourd dans chacun de ses accords, cette efficacité qui se trouve dans la parcimonie et dans ce sentiment de toujours aller vers l'accord adéquat, même dans les compos à la complexité revendiquée, comme Boo Boo's birthday.
Et puis, bien sur, il y a ce morceau imparable, In Walked Bud, ce standard de chez standard éructé par le vocaliste Jon Hendricks et qui clôt cette album dans ce qui caractérise d'abord la musique de Monk. La joie dyonisiaque de jouer...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir. Hommage à Barbarette...

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