En ce moment, Tony Malaby est une tête plus loin que les autres saxophonistes. Il irradie, il a un son plein, franc, massif, tout en gardant ce souffle grumeleux et onirique. Sa musique est inventive et radicale. Il fête les 70 ans d'Humair dans Full Contact un jour, joue avec Paul Motian le lendemain et éclaire avec autant de talent tous ses passages.
Avec le "cello trio" qu'il forme avec le percussionniste John Hollenbeck et le violoncelliste Fred Lonberg-Holm, qui a notamment figuré dans le tentet de Brotzmann, c'est encore une autre facette qu'il montre dans une musique qui joue le décalage et l'envie d'explorer des univers en friche.
J'ai mis longtemps à chroniquer cet album de Malaby, pourtant remarquable, parce que je peinais à en trouver la clé. A me demander vraiment ce que j'en pensais, troublé peut être par les parti pris étrange de ce trio atypique (percussions, violoncelle et saxophone) qui passe d'un morceau assez classique perturbé par des rythmiques éruptives à des abstractions contemporaines qui explosent dans un déluge de violoncelle électrifié...
Le secret est peut être là, dans cette abstraction qui semble mouvoir les trois solistes, qui s'attirent chacun dans leurs univers particuliers, dans des chausse-trappes rythmiques et des déflagrations mélodiques, dans des arrangements décalés et un lyrisme dissonant.
Il y a bien sur le phrasé de Malaby, stentor plaintif qui distribue à l'envie des gifles comme des baisers et des uppercuts comme des caresses, mais si le groupe s'appelle le "Tony Malaby Cello Trio", c'est que son discours avec Lonberg-Holm est le sel de cet album, parlant à la fois de la même voix au ténor ou s'enroulant autour des tirades au soprano et cherchant toujours une forme de conflit complice qui peut parfois crisser vers le duplice. Lonberg-Holm est blufflant de maîtrise technique, grattant ses cordes, les étendant à l'archer ou faisant parler un déluge de distorsion. Au milieu de ça, arbitre dérangeant et connivent, Hollenbeck et son attirail percussif qui va de la batterie au xylophone en passant par les tiroirs de la cuisine induit des rythmiques fièvreuses et perturbantes. Il suffit d'écouter le morceau éponyme, Warblepeck, qui ouvre l'album pour simplement s'en persuader !
L'album, sans nul doute, se digère sur le long terme et mature, au fil du temps comme un grand album en devenir...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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