Pour le remarquable saxophoniste Ellery Eskelin, la fidélité est une marque à part entière de la création. C'est ainsi que pour se saxophoniste ténor qui nous avait émerveillé dans son travail avec Sylvie Courvoisier et Vincent Courtois, le travail avec des musiciens qu'il connait par cœur est la structure nécessaire à l'épanouissement d'une musique, d'une couleur et d'une atmosphère.
C'est à Hat-Hut, dont on ne peut -encore une fois- que louer la fidèlité et la volonté de promouvoir une musique radicale dans les meilleures conditions, que l'on doit "One Great Night... Live", enregistré à Baltimore à l'occasion des 15 ans de ce trio mythique du downtown New-Yorkais qui le lie à Andrea Parkins et Jim Black.
Le son d'Eskelin, cette nonchalance inoxydable dans la persistance de son souffle, dans la diversité de ses phrases reste l'un des plus immédiatement reconnaissable de la planète jazz. Que ce soit avec Courvoisier, Gress, Liebman ou Andréa Parkins, la présence d'Eskelin en garanti à la fois l'extrême rigueur et l'évocation d'atmosphères immédiates, luxuriantes et parfaitement maitrisées.
Son trio avec le batteur Jim Black, formidable batteur dont le groupe AlasnoAxis me laisse pourtant froid comme un carrelet mort devant un disque de Radiohead, et la clavieriste et accordéoniste Andréa Parkins (à qui l'on doit une partie de l'atmosphère de l'album "Vespertine" de Björk) reste l'une des valeur sure de la scène improvisée américaine depuis 1994, une icône, même, pour être plus juste. La réussite de ce trio tient à la fois dans la construction précise d'un chaos teinté de groove qui joue sur les timbres et les couleurs, en un mot l'atmosphère qui nait de l'improvisation collective des trois créateurs.
La recette est simple, bien quelle soit assez abstraite : Au lieu de pousser chacun l'autre sur son propre terrain, l'écoute du trio génère une dynamique collective d'une rare qualité. Eskelin est le pilier d'un jazz raffiné et solide, qui maintient le thème et le triture, l'affine et le complexifie pendant que Parkins et Black développent des atmosphères, des fausses pistes, sculptent la matière sonore pour une profondeur remarquable. Jim Black passe d'une rythmique hyper syncopée à un jeu atmosphérique et Parkins se déchaine, passant de l'Hammond à l'accordéon et du sampler au piano, sans que pour autant les brisures ne destabilise l'écoute. Tout est cohérent et profond, à l'image du morceau "For no good reason", où les traits de piano de Parkins font voyager le morceau dans une poésie de l'instant remarquable, ou chaque son se construit, fragile et fugace mais constitue l'édifice collectif.
Indispensable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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