On l'a dit et répété, le label Yolk aura animé l'été 2009 de quatre sorties réjouissantes et inventives. Il est normal, alors que l'été s'achève, d'aborder le disque du patron, Alban Darche, qui revient en trio, agrémenté du guitariste Alexis Therain pour signer la fin d'un été réussi.
On aime le saxophoniste Alban Darche, la rondeur de son ténor et la cohérence de ses projets, du Gros Cube aux ébats avec Katerine en passant par la maîtrise rythmique de son trio. Un trio qu'il compose avec le contrebassiste Frédéric Chiffoleau qui brille chez Ripoche ou dans le Jus de Bocse de Médéric Collignon et Emmanuel Birrault, batteur au jeu dur et terriblement mélodique qui donne en partie le son particulier de ce trio qui cherche avant tout la simplicité et la précision de la musique en mouvement.
La musique de Darche est efficace, pétillante, urbaine tout en s'offrant des longues plages d'errance et de liberté, ainsi que des références cinématiques et un regard périphérique sur bon nombre de musiques et d'influences qui mènent à la confluence et à de nouvelles ouvertures. De nouvelles voies qui s'ouvrent tout en gardant une forme assez classique, suffisamment large cependant pour permettre une expression propre en constante construction. Un triangle assez mouvant où l'angle fort est l'escalade polyrythmique du batteur et de son bassiste placé très en avant pour laisser Darche entrelacer ses élégantes évasions mises en valeurs par l'alchimie parfois complexes des deux comparses du rythme. Un Alban Darche placide et lyrique qui aime à créer des atmosphères et des couleurs très personnelles, notamment par l'utilisation d'effets en contrepoint de son jeu...
"Brut ou demi-sec ?" reste dans cette même veine, avec une dureté sucrée réaffirmé pour l'excellent Emmanuel Birrault. La question de la relative mouvance du triangle, agrémenté d'un invité offre l'alternative. La présence d'Alexis Therain, complice de Darche dans le Gros Cube, offre effectivement plus qu'une dualité : une piste supplémentaire à l'ouverture du propos et une liberté plus grande pour le bassiste. Therain est parfois très loquace et cela ouvre des pistes nouvelles, des grands espaces comme dans le bien nommé "Björk", où l'on retrouve l'évocation tellurique de l'islandaise, où encore dans "Where is love" lorsque son intervention incandescente durci le propos. Mais apporte aussi une simple présence bruitiste, métallique, qui acidifie les compostions de Darche, comme dans "la fée talmudique se repose, le morceau le plus réjouissant de l'album...
Belle réussite.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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