Circum Grand Orchestra est une grande formation lilloise membre du collectif Circum et membre de Grands Formats dont la présence à la rencontre de Vendôme m'a permis de me pencher plus avant sur leur musique, et surtout d'écouter cet album, sorti en 2005 et qui m'avait échappé... Mais il n'est jamais trop tard !
Le collectif Circum, dont sont membres des musiciens remarqués, comme le guitariste Olivier Benoit que nous évoquions dimanche. Le Circum Grand Orchestra fait partie de ces bastions qui font la vigueur du jazz et de la musique improvisée hexagonale, tout comme le Grolektif dont nous parlions il y a quelques semaines.
Le disque de Circum est le résultat d'une collaboration avec la vocaliste Charlène Martin, invité dans le cadre d'un festival à la Malterie de Lille, où Circum a élu résidence. L'occasion pour Circum Grand Orchestra de se lancer dans un projet autour de la chanson et de la voix, ce qui perle le disque. De la chanson "réaliste" en hommage à la grande guerre ("la chanson du poilu") aux élans de Carmen brisé par un scat déconstruit ("Jeu de Piste"), c'est bien à "l'instrument voix" de Charlène Martin qu'Olivier Benoit rend hommage, dans une écriture très pensée, basant tout sur les timbres, le rythme et les nappes. Et à ce jeu, Charlène Martin excelle en âme et en virtuosité.
On connait Charlène Martin pour sa participation à L'ONJ de Barthélémy, et notamment "La Fête de l'eau" ou elle côtoyait Vincent Mascart, Sébastien Llado ou encore Médéric Collignon... mais aussi Philippe Lemoine, sax alto pour Circum. Lemoine l'un des cinq soufflants de cet orchestre ou le choix a été porté sur une lourde rythmique : une basse électrique tranchante de Christophe Hache, que l'on a pu voir sur l'ONJ de Franck Tortiller mais plus récemment sur l'album du lillois Grimonprez, la contrebasse de Nicolas Mahieux, habitué lui aussi des grandes formations, le diagonal de Cholet notamment, et les deux batteurs, Landsweert et Peter Orins. C'est cette prédominance de la rythmique, à laquelle le piano de Stéphane Orins s'ajoute, notamment dans l'installation rythmique de "Process Access", sans doute le meilleur morceau de l'album, qui marque en premier lieu, d'autant que les soufflants ont parfois un rôle de nappe, presque synthétique, avant de devenir purement organique, notamment grâce au travail remarquable du clarinettiste basse, Christophe Rocher.
C'est le cas lorsque des flots d'improvisations les submergent, notamment à cause des traits incisifs, de l'énergie des deux guitaristes de Circum, Olivier Benoit en tête, auquel se mêle Sébastien Beaumont... Une énergie d'orfèvre, toujours à cheval sur les fines lignes de fuite entre musique savante contemporaine, musiques improvisées et Jazz-Rock acide... Parfois, au détour d'un accord, dans l'ampleur, on croit deviner quelques infuences, de Magma aux racines Colemanienne de ce jazz en liberté. Il suffit d'écouter "Tenko", le morceau qui ouvre cet album pour s'en convaincre !

A suivre en tout cas, puisqu'on annonce un disque de Circum Grand Orchestra à sortir prochainement...

Et bien sur, une photo qui n'a strictement rien à voir...

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