Il est des disques comme cela que l'on tangente plusieurs fois sans vraiment en trouver la clé, et que l'on redécouvre quelques années plus tard en ce demandant ce qui avait bien pu faire qu'on les avaient délaissés, sans réponse particulières.
Alban Darche est un saxophoniste remarquable qui est souvent cité dans ces pages, tout autant pour son approche du ténor et ce son rond et élégant que pour son écriture et sa direction d'ensemble comme "Le Gros Cube". Trumpet Kingdom est un projet tiers, assez hors du commun, sorti chez Budapest Music Center, preuve de la grande complicité entre Darche et le guitariste Gabor Gado, animateurs à eux deux de deux labels européens des plus intéressants, Yolk et BMC.
Composé de trois trompettistes et de deux saxophonistes en surplus d'une section rythmique élégante (où le batteur Emmanuel Birault, accompagné du formidable Sébastien Boisseau, fait un travail remarquable), l'octet de Darche ne cherche pas l'esbroufe de l'orgie de cuivre. Il va plutôt, au fil des morceaux, construire une atmosphère cinématique en clair-obscur qui rappelle par petites touches le travail entamé avec le Gros Cube, notamment sur Polar Mood et qui va entamer des dialogues avec ses trois trompettistes, parmi les plus créatifs en Europe, qui en compte, et c'est heureux, un paquet d'autres !
Avec Geoffroy Tamisier, le compagnon des aventures Yolk, il va ouvrir nonchalamment l'album, comme pour placer chacune des pièces et chacun des rôles des musiciens, en contrechant d'un Darche rasséréné. On retrouve également cette atmosphère mélancolique et cinématique dans le bel échange que Darche construit avec Sylvain Rifflet à la clarinette basse sur Trumpet Kingdom 3 où les cornets n'apportent, dans une construction proche du Big Band, qu'un choeur profond...
Dans ce disque, le rôle de Gado est d'agencer les timbres, de délivrer ce son parfois déroutant et contemplatif qui fait ici merveille, et de contribuer à la création d'un dialogue particulier avec la contrebasse de Sébastien Boisseau pour permettre un écrin particulier aux soufflants, comme dans le très beau morceau "Novenus" où le trompettiste batave Eric Vloeimans (remarqué récemment sur BMC avec le vocaliste Gabor Wynand...) fait parler un son de trompette distinctif, à la fois sec et fermé, métallique et furieusement groove. C'est ainsi qu'on retrouve Vloeimans sur un morceau de fanfare que n'aurait pas renier Nino Rotta et qui nous rappelle que Darche fait également parti du sacre du tympan...
Cette velléité déambulatoire, on la retrouvera également sur BEP, qui lorgne sur les Orkestar cabossés du fin fond de la Serbie, avec à la trompette cette fois-ci Laurent Blondiau, que l'on connait notamment pour ses apparitions dans le collectif belge Mâäk's spirit avec Boisseau.
Trumpet Kingdom est disque riche, complexe et voluptueux qui se déguste sur la longueur, qui se réécoute régulièrement pour en saisir toute la saveur...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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