Au premier abord, le disque d'André Minvielle sorti chez Bee Jazz il y a quelques semaines, "follow Jon Hendricks... If you can !" est une voie différente dans la carrière du chanteur Rythmicien, dans l'écharpe de mots groovés de l'horloger déterritorialisé, comme il aime parfois lui-même à s'intituler. Minvielle qui rend hommage à Jon Hendricks, jazzman américain, figure tutélaire du vocalese et scateur réputé, cela tient de l'intime et de l'instant arrêté, de l'amour du gascon pour le jazz, le rythme et les mots... En témoigne la collaboration de la fille de Jon Hendricks, Michelle, ainsi que David Linx, toujours aussi élégant et dont on doit noter les choix de plus en plus aventureux.
Bien sur, le bop est présent dans les veines de l'album, comme il coule à flot dans les rhizomes de Minvielle. L'album débute par le classique "Give me that wine" écrit par Hendricks et féminisé par sa fille... Mais le vin qui coule à flot fait revenir très vite la ripaille des accents. La voix charriant des pierrailles de Jon Hendricks donne un magistral cours accéléré de scat en demandant instamment de suivre l'accent des mots quelque en soit la langue. Voilà les obsessions que l'on aime dans la poésie de Minvielle qui revienne en dansant la douce nostalgie des flammèches des bals oniriques de Marc Perrone.
Quand Linx reprend un standard de Jobim, c'est le remarquable accordéoniste de Minvielle, Lionel Suarez, qui accompagne la luxueuse section rythmique composé du contrebassiste Jérôme Regard et du percussionniste Titi Dufour, tous habitués des Espaces croisés d'Eric Seva... Résultat, c'est le beau ciel de Pau qui accueille la Bossa !
Peu à peu, l'hommage à Hendricks se transmute, dans une réjouissante cohérence, en un hommage plus global à l'universalité du jazz et à sa langue vernaculaire qu'est le scat... Et qui peut se transformer, au gré des envies et de l'improvisation en langue d'oc ou en anglais, dans un français à l'italien tonique -fameux morceau que ce rocarocolo- ou dans du Lionel Hampton en gascon... Bref, un hymne foutraque au rythme, où la relation entre Minvielle et ses accordéonistes, Lionel Suarez en tête accompagné par Marcel Loeffler tient bien de la fusion qui excuse presque la seule erreur de casting, la reprise de "La Javanaise".
"Follow Jon Hendricks... If you can !" est bel est bien à ranger à côté de son dernier opus, La Vie d'ici bas, que nous avons tant aimé ici... Que ce soit dans des morceaux comme le ptit bois du bop, qui nous renvoie à Uzeste ou la valse de Hum et ce musette d'apache qui transporte d'émotion, "follow Jon Hendricks... If you can !"est un disque attachant.

Un disque de Minvielle.

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