"For Alto" d'Anthony Braxton reste de manière assez intemporelle un disque majeur, à la fois par le choc que représente le fait d'entendre le saxophoniste au tout début de sa carrière discographique (il s'agit de son second album) en 1969, mais aussi pour ce que représente ce solo dans la grammaire musicale de Braxton et dans le premier témoignage de l'utilisation de symboles graphique et géométrique comme grille de notation de sa musique.
C'est également le plaisir de découvrir une certitude déjà acquise dans la musique de ses débuts. Elle plus brutale, plus féroce que d'autres soli enregistrés ensuite qui semblent plus sophistiqués et intellectualisés (pensons notamment à ce solo à Pise en 1982 chez Leo Records), ce qui ne les rend pas moins radicaux mais ce qui les rend peut être moins impétueux. Il y a dans l'Alto de Braxton une forme de rage, il suffit d'entendre le déluge du magnifique morceau "To Composer John Cage", et sa remarquable virtuosité pour s'en convaincre. Dans For Alto, Braxton pose les bases d'un travail sur la masse sonore et sur la sculpture du silence qu'il construit toujours dans sa discographie... Ici au seul pupitre d'un alto, ce qui est bien plus rare.
Contrairement à ce que le compositeur contemporain italien Berio fit, 12 ans plus tard sur la Sequenzas IXb pour l'alto également, Braxton ne se construit pas qu'en complexité et conserve ce jeu tout en heurt, comme on chancelle face à un mur, ou face aux limites de l'instrument. Il faut garder à l'esprit à l'écoute de l'album que celui-ci a été conçu à l'époque (antique, forcément antique) du vinyl, dans un double album à quatre faces qui nous offre ainsi quatre continuum, quatre univers distinct ou Braxton entreprend différemment d'envahir le silence de son alto. Par exemple, la première partie est un cri crescendo, une sorte de fer incandescent à même la peau qui se termine par une hommage à Cecil Taylor. A contrario, la seconde partie en revanche n'est qu'un seul morceau (Dedicated to Anne et Peter Allen) ou le soliste semble apaisé, cheche le souffle et la parcimonie.
For Alto a été enregistré un an avant que Braxton ne quitte provisoirement Chicago pour se rendre en France, et c'est cette musique qui a inspiré tout autant le free-jazz américain que les européens qui voulait "briser le cercle" en se référant également, comme Braxton a des influences nées de la musique contemporaine européenne, à commencer par Stockhausen, évidemment. On pense évidemment à Michel Portal, et le disque Alors!!! que j'avais chroniqué il y a peu sur Citizen Jazz en premier lieu...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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