Qu'il est bon, dans ces pages d'évoquer de nouveau le label Yolk ! Depuis le mois d'octobre et le beau Live Forms de Matthieu Donarier, le label avait pris ses quartiers d'hiver. Il revient avec le beau temps et deux belles sorties, Beyond the Mountains d'Alain Vankenhove et le dernier Unit, le groupe européen du contrebassiste Sébastien Boisseau.
Même si ces deux sorties ne se feront que le 9 juin, je ne puis attendre plus longtemps pour évoquer en premier lieu l'album de Vankenhove, Beyond the Mountains, très enthousiasmant.
Le trompettiste Alain Vankenhove est un musicien que l'on retrouve pour la première fois en leader après de multiples collaboration, avec le batteur Christophe Marguet ou dans l'X'tet de Bruno Régnier, dans le projet "Qui Parle ?" de Marc Ducret comme dans l'ONJ de Paolo Damiani. Beyond The Mountains évolue dans un registre très urbain, à cheval entre un jazz à la rythmique complexe qui évoque des univers traversé par les comparses "yolkiens" de Benzine et une abstraction électronique sur laquelle la trompette ardente de Vankenhove semble s'enflammer.
Ce cocktail donne à l'album, outre son indéniable ambiance solaire, ce soleil d'airain qui surplombe l'atmosphère comme sur la pochette de l'album, une touche onirique sous-tendu par la volonté farouche du trompettiste de mêler un travail impressionniste sur le son à un groove fébrile. Tout est chaleur dans Beyond The mountains. Une chaleur de ville surchargée, lourde et vaporeuse, créatrice et pesante, multiple et très compacte. Une musique qui va de pair, à la fois luxueuse et parfois un peu sale, électrique et organique, pleine de brisure acide et de beauté à l'architecture stricte qui se délite dans un chahut créateur.
Dans ce quartet fiévreux, il y a tout d'abord la solide section rythmique où l'architecture foisonnante de la batterie d'Eric Echampard, qui  est soutenu par l'à-propos et le son toujours aussi énorme de la basse électrique de Jean-Luc Lehr, habitué de ce genre d'atmosphère dans Benzine ou avec le Magic Malik Orchestra.
Le premier morceau, Sentiment d'Elles, commence d'ailleurs par un trait puissant de basse que rejoint un enchevêtrement rythmique d'Echampard pendant que Vankenhove survole cette brûlante rythmique d'un son clair de trompette. Ce dernier dirige le quartet d'une atmosphère à une autre, avec l'appui du clavieriste Benjamin Moussay. C'est le cas notamment du groovissime "Abus de pouvoir" où Echampard travaille une drum'n'bass explosive avec Lehr sur des variations acides de Moussay...
En ce moment, un petit peu comme ça le fait régulièrement avec Jozef Dumoulin, dès qu'un disque sort du lot par la qualité de ses claviers, Moussay n'est jamais loin. Du disque de Claudia Solal à celui de Marc Buronfosse, c'est patent. Si dans ces derniers albums le travail de Moussay se faisait atmosphérique, comme on le retrouve ici dans un morceau comme Histoire de Bulles d'O, il sait se faire ici plus virulent. Plus urbain.
Beyond the Mountains est un disque très personnel qui se joue des influences. Pour le retour de Yolk, c'est un coup de maitre...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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