La simplicité est souvent la plus belle des armes musicales, surtout lorsqu'elle permet de découvrir la finesse instantanée de musiciens plus habitués aux grands ensembles et au projet où la composition et le travail d'écriture est primordiale. Le trio d'amitiés fortes et de projets multiples que constitue la réunion du saxophoniste Alban Darche, du guitariste Gabor Gado et du contrebassiste Sébastien Boisseau est de celle-ci.
La réunion de ces trois musiciens, dans une série de concerts enregistré à Budapest s'inscrit dans une légèreté, une joie commune de se laisser aller à une création de l'instant porté par des individualités heureuses d'être ensemble et de jouer pour un public acquis, conquis, et, disons bienheureux d'être là. Ces rencontres sont en général des moments magiques, nés au mitan d'un festival ou dans des affinités électives qui poussent à l'échange et à la discussion, comme on refait le monde au coin du feu en devisant tranquillement ; lorsque comme ici la prise de son est remarquable, ces témoignages sont de petits trésors.
Ces trois là ensemble, on leur connait notamment "Trumpet Kingdom", un album enregistré sur Budapest Music Center et un projet ambitieux de Darche. Boisseau et Gado s'était également croisé dans "Time Setting", le disque d'Unit sorti également au catalogue du label hongrois. Des projets ambitieux, orchestraux, un travail de rythmes et de timbres qui ne tranchent pas avec ces "Budapest Concerts" mais qui ont peut être motivé cette recherche de l'épure. Budapest comme centre de cette épure, avec son parlement "gateau à la crême" transformé en ligne claire sur la pochette de l'album.
Ligne Claire, le mot est là, il définit bien le moment suspendu et le propos des musiciens. Il est intéressant de le comparer avec le "Brut et demi sec" du Darche Trio qui se construisait sur la dureté foisonnante de la rythmique. Le propos est ici plus éthéré, plus apaisé, comme un moment de pause, comme un moment de plaisir illustré par la "berceuse mignonne" et son pendant astucieux, à sa suite, le joli "Bis Free" au centre de l'album.
Dans ce trio sans batterie, on découvre le style de chacun comme à nu : le jeu toujours clair et lumineux du contrebassiste, précis et parcimonieux, profond et inspiré mais qui n'hésite pas à partir dans des claquements boisés lorsqu'il s'agit de donner du mouvement au propos du trio. Le souffle sablonneux et rond de Darche, reconnaissable en tous, à la pointe du triangle, distillant avec tranquillité la musicalité de son ténor. Enfin, la guitare soyeuse de Gado qui joue ici la carte de l'atmosphère et de la profondeur -le jeu de cordes aigrelet sur "Tregor Song" !- avec lui aussi son jeu si singulier tout en restant de proche en proche très discursif, comme dans le beau "La Bille".
Dans les douze morceaux que constitue l'album, neuf sont l'œuvre de Darche, et l'on retrouve également toute la cinématique du saxophoniste, du thème imparable, et sa tension soudaine, de "La conjuration des imbéciles" à la valse dégingandé et mutine en hommage à Tim Burton et dont cinéaste, un peu perdu en ce moment, ferait bien de s'inspirer... Budapest Concerts est un disque vraiment très agréable qui accompagne longtemps. Un vrai plaisir...

Et une photo qui, quand même, a un petit peu à voir....

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