Pool School est la rencontre alléchante de trois figures de la musique improvisée new-yorkaise, toujours prompte à se renouveler et à offrir de nouveaux chemins, de nouvelles sensations, et de chercher l'émotion de les reliefs et les affres d'une création spontanée.
Dans le foisonnement de cette scène qui se nourrit de musiciens venus du monde entier faire résonner leur musique en son centre, le batteur californien Tom Rainey est l'un des plus demandés, et l'un des plus talentueux. Il y a des cartes de visite qui ne trompent pas, puisque ses rythmiques bancales et ses inspirations bruitistes  et nerveuses ont fait le bonheur, en sideman, de Tim Berne, Dave Liebman, Marc Ducret ou encore Tony Malaby.
Pool School, sorti chez le label portugais (vive l'Europe du jazz qui accueille les meilleurs américains délaissés chez eux !) Clean Feed, un des acteurs majeurs de la musique improvisée mondiale, est le premier album en leader de Rainey ; et pour ce trio, le batteur s'est magnifiquement bien entouré, ce qui lui permet de jouer en toute liberté de son langage coloriste, mettre ses cymbales en abstraction et tendre ses peaux comme à l'affut des réactions ou des fausses pistes de ses deux comparses.
Les deux musiciennes qui accompagne Rainey sont les fers de lance de cette jeunesse qui s'investit dans la musique improvisée et la reconnait comme un matériau de Liberté et de brassage des influences immédiates. La saxophoniste allemande Ingrid Laubrock étincelle au soprano comme au ténor. Elève de Liebman et habituée de Berne et de Kenny Wheeler, elle apporte au trio la chaleur de son jeu et un son formidable ; c'est elle qui porte les entrelacs de morceau complexes et tendus comme "Corney", avant de le conclure dans un souffle presque monosyllabique et métallique .
Quant à la guitariste Mary Halvorson, élève de Braxton et particulièrement apprécié par ici, il est presque inutile de louer son jeu ; excellente lorsqu'il s'agit de texturer et de densifier la musique, elle apporte au trio une assise ainsi qu'une acidité rock que l'on retrouve dans un morceau comme "Three Bag Mary" ou l'échange entre les deux jeunes femmes est puissant et tendu, et se poursuit dans la distorsion de "Pool School" qui donne son titre à l'album et l'énergie à l'ensemble... Et ce disque a une énergie incroyable, rageuse, acrimonieuse parfois ("Crinckles" est de ces morceaux dont on ressort essoré...) mais diablement vivant et créatif.
Pool School est enregistré live dans un club, et cette énergie de l'instant transpire de la musique. La relation entre les trois musiciens est de l'ordre de la tension positive, chacun cherchant à emmener l'autre à un point de densité. Il en ressort un disque touffu et bouillonnant d'idées, très charnel également par le frottement du métal et des cordes, ou par l'effleurement des peaux.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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