Après plusieurs jours sans passer sur ce blog, retenu par des soins de varicelle et des impératifs tellement impératifs, il me semblait tout à fait indiqué de revenir avec une pause...
En musique, une pause est un instant de silence, une retenue qui fait peser l'importance du propos d'avant ou de celui d'après. C'est un arrêt momentané. La pause à laquelle nous conduit Andy Emler, le leader du MegaOctet, est plutôt de l'ordre du pas de côté. Celle qui fait réfléchir et voir les choses autrement. Celle qui donne du relief au reste. Un temps d'amusement que les musiciens peuvent parfois s'offrir lorsqu'il apprivoise un nouveau jouet...
L'orgue Cavaillé-Coll de l'abbaye de Royaumont, situé dans le réfectoire des moines, est un jouet majestueux que sans doute beaucoup de musiciens voudraient faire leurs, surtout lorsqu'on sait quel travail il fut nécessaire pour remettre en état une telle pièce.
Andy Emler a eu cette chance d'avoir l'occasion de passer du temps à Royaumont à l'occasion d'une Résidence. Il n'en fallu pas plus longtemps pour que ce grand créateur, dont le solo nous avait enchanté par ici se donne le temps de maîtriser ces quatre claviers et ces tuyaux. A part Jarrett d'où ici nous sommes terriblement éloigné -qui s'en plaindra ?-, il ne doit pas y avoir, je pense, d'équivalent dans le jazz et la musique improvisée de disques enregistré avec un grand-orgue d'église ; cela a un côté iconoclaste mais diablement charnel de voir cet instrument se mêler aux instruments de solistes majeurs venus donner la réplique à Emler !
Tchamitchian, Echampard, Blondiau, Orti et Dehors... Tous ces musiciens qui sont ou furent membre du MegaOctet se sont donc invité dans cette cantine pour danser autour du buffet à tuyaux. Pas ensemble, mais en duo ou en trio lorsque Emler convie Echampard et Tchamitchian à reconstituer une épatante doublette rythmique sensible délicatement porté par le bourdon de l'orgue ("Crazy Orgue Café"). En cinq longues pièces, Emler apporte une atmosphère, une chaleur particulière, quelque chose très organique qui tient presque plus de la majesté des lieux que de l'instrument en lui même. La réussite d'Emler avec Pause, c'est de ne pas jouer de ses claviers comme un pianiste ou même un organiste ; il s'en sert avant tout comme un instrument capable de beaucoup de chose sauf peut être de légèreté et qui en revanche apporte beaucoup de profondeur et de sensualité. le jeu d'Emler est nécessairement moins leste qu'au piano. Il visite les graves et sort parfois des traits de claviers comme on assène une phrase tout en ostinati ; On peut donc faire groover ce machin ? On dirait qu'on n'en est pas loin.
L'échange avec Blondiau à la trompette est brillant et chaleureux, mais c'est avec son saxophoniste et son clarinettiste que l'échange est le plus beau. Avec Guillaume Orti au C-melody, c'est justement cette sensualité qui est exacerbée. Orti est léger comme l'air, et il semble parfois que les oiseaux chers à Messiaen se sont posés le temps qu'il faudra. l'échange avec Laurent Dehors au centre de l'album est certainement le plus intéressant ; tuyaux contre tuyaux, le rouennais a sorti sa chère clarinette contrebasse pour entremêler les deux souffles très denses. Il faudra des ruptures, des cassures très nettes à la clarinette basse pour déchirer peu à peu cette unité.
La profondeur créé par l'orgue donne à l'invité un écrin nécessaire à son propose, et donne à l'orgue plus que centenaire une jeunesse inattendue. La pause fut salvatrice...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir ? Pas vraiment...

07-Laurent