Véritable coup de coeur de l'année 2009 et succès critique indéniable, la Société des Arpenteurs de Denis Colin et leur disque "Subject to Change" réunissait dans l'album studio la fine fleur du la scène jazz française en un line-up impressionnant et terriblement jouissif. Orchestre à géométrie et nombre variable, la Société des Arpenteurs délivre une musique pugnace et très collective qui se joue autant de groove très urbains que de grandes digressions oniriques, comme un lien ténu entre plusieurs facettes du jazz contemporain.
Le fait que cette société des Arpenteurs, cornaqué par Denis Colin, l'une des voix les plus sagace et pourtant trop rare de la clarinette basse, soit né de rencontres et de découverte de la scène vivante transparaissait de chacun des morceau de l'album et donnait envie de découvrir sur scène une telle unité et un visible plaisir de jouer ensemble...
C'est donc assez naturellement que l'idée d'un album live est né, sur ce constat que cette musique, pourtant déjà très énergique, prendrait toute sa force à être captée en public. C'est sous la forme de cartes postales de plusieurs dates captées entre février et mars 2011 que "Subject to Live" est présentée. On y découvre, de St Brieuc à St Brieuc, un orchestre très peu remanié depuis deux ans (seul le très coloriste Thomas Grimonprez est arrivé à la batterie, ce qui renforce une base rythmique puissante avec son compagnon de trio, le contrebassiste Stéphane Kerecki...) et une musique qui laisse plus de place à ses individualités fortes pour pugnacité toujours aussi tranchante, servie par une rythmique impeccable.
L'album s'ouvre sur un thème de Sonny Rolins, "Jungoso", exposé à la clarinette basse par Colin. Dès les première mesures, on découvre un Benjamin Moussay aux claviers et autres triturages électroniques bien plus en avant que sur les morceaux studios. Une tendance qui se confirmera tout au long de l'album, et notamment dans un très beau et très profond "Turkish Women at the Bath" où le clarinettiste et son clavièriste se retrouve seul à seul dans un dialogue sépulcral fait d'électricité brulante et de silences heurtés qui est certainement le morceau le plus intéressant de l'album, notamment parce qu'il diverge de l'ensemble et offre de nouvelles possibilités. On constate également, dans la premières partie de l'album et notamment "Danse de Chevet", une africanité de cette musique qui oscille parfois entre fragrance mandingue et Afro-Beat tangenté.
Les inventions de Moussay, couplées à la guitare toujours nerveuse de Julien Omé (dont on ne dit jamais assez de bien, et pourtant, il suffit de regarder ses récentes collaborations, de Rocking Chair au Bruit du [Sign] pour comprendre qu'il est à suivre !) apporte aux Arpenteurs cette tension qui caractérise cette musique en mouvement. Ceci est symbolisé par un morceau comme "Hommes sans titres", où Omé s'illustre par un solo séditieux, soutenu par le tumulte de ses comparses.
Evidemment, on aurait voulu voir certains pupitres, comme celui de Sylvaine Hélary à la flûte un peu plus mis en valeurs (même si on la retrouve très en pointe sur "Sonné, complètement Sonné", tout comme dans l'album !), de même pour Fabrice Theuillon. Mais la force de ces Arpenteurs reste l'imbrication collective pour un but commun.
A ce titre, les deux disques sont absolument complémentaires pour appréhender l'entièreté de cet orchestre, et percevoir toutes les directions que de telles individualités rassemblées peuvent prendre pour délivrer une musique très réjouissante. incontournable si l'album studio vous avait retourné...
Sinon, allez l'écouter, vous y reviendrez aussi !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

20-Garance