Il aura suffit de quelquees récentes sorties du label Budapest Music Center, qui semble renaître après plusieurs années de grandes difficultés, pour que l'envie de replonger vers la musique hongroise ne démange de nouveau.
Il ne faut pas grand chose.
On évoquera dans quelques temps les deux albums des légendes du jazz hongrois que sont Mihály Borbély et István Grencsó pour Citizen Jazz. De saut de puce en saut de puce, on tombe comme par hasard sur deux autres figures magyares, le multianchiste Mihály Dresch et le joueur de cymbalum Miklós Lukács qui proposaient à la fin de l'année dernière Labirintus, un duo sur le label Fonó, connu pour ses enregistrements de musique traditionnelles dans l'Europe Centrale et les Balkans.
Dresch est certainement l'un des jazzmen hongrois qui a le plus visité une approche "World" de sa musique, sans jamais sombrer dans la fadeur de cette terminologie valise. Grand connaisseur de la musique traditionnelle de son pays, il ne cesse de l'évoquer dans son quartet, où l'on retrouve parfois Miklós Lukács. Mais on sait également, notamment avec Sharing The Shed qu'il sait épouser un jazz plein de groove avec un ténor incandescent... Qui sait se faire plus doux, ici.
Rêveur, autant le dire ("Esteledó")
Miklós Lukács est une sorte d'alter-ego au chemin inverse ; lui ne visite pas le folklore avec les outils du jazz, mais visite toutes les musiques, y compris les plus complexes avec son cymbalum, instrument "trad" par excellence.
On se souvient du remarquable Check It Out Igor avec Belá Szakcsi Lakátos où l'improvisation régnait en maître, mais aussi de son intervention remarquée au sein du trio BraamDejoodeVatcher.
On est ici, avec Labirintus, dans une configuration assez proche de ce que Lukács proposait avec Szakcsi : une discussion sereine mais diablement virtuose où les deux musiciens se départissent de tout pré-requis stylistique pour se laisser aller à l'imagination. On image qui colle bien à ce labyrinthe de rue que représente la photo satellite de la pochette. Un propos multiple et infini, perdu dans la circonvolution de la grande ville, mais toujours rattaché au débit tranquille du Danube. On se croit en plein songe tzigane, on est avec Coltrane dans Olé. Tout ne dure qu'une seconde fugace. Et on se plaît à être ballotté.
Il faudra un jour se poser la question de la facilité avec laquelle les musiciens hongrois s'emparent de leur musique traditionnelle pour en faire quelque chose d'absolument personnel. Il suffit de se pencher sur le très onirique "Megvertek Engem" pour s'en convaincre. Le timbre de Dresch est caressant, suave, sans aspérité mais jamais sucré. Il est charrié dans un déluge de cordes frappées qui donnent une rythmique changeante et aigrelette. On écoute du jazz, tout le discours en est pétri, mais il s'en va ailleurs, se perd dans les brumes du lac Balaton et revient sans attaches réelles.
Libre de tout, même lorsque Dresch rejoint Lukács avec une flûte traditionnelle proche du Kaval.
De même, "Kettős" et sa rythmique plus marqué se détache d'un propos traditionnel par sa capacité à aller investir d'autres musiques, sans coup de coude appuyé ni posture, avec une sérénité édifiante. L'alliage de timbres entre la flûte et le cymbalum est sa signature. Elle peut sembler acidulée parfois ("Hazafelé") mais offre ce genre de voyage sans frontières que nous aimons tant. A découvrir sans attendre.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

Garance Bréti_small