L'histoire qui a conduit à la création du quartet The Khu est de celle que l'on aime. Des anecdotes croustillantes qui agrémentent les histoires de musiciens et qui permettent de comprendre de quoi il retourne.
The Khu est né à Brest, d'où est orginaire le saxophoniste Nicolas Péoc'h que l'on avait pu découvrir dans le grand format breton Nautilis. C'est une formation qui s'est réuni à l'instigation de Penn Ar Jazz, qui anime depuis fort longtemps la Culture en Bretagne et organise festivals et concerts.
L'un de ces rejetons, c'est le Nimbus Orchestra, formation éphèmère dont la direction est offerte chaque année à un musicien international renommé, souvent associé ou proche du M-Base cher à Steve Coleman.
Magic Malik, Stéphane Payen ou encore Fabrizio Cassol s'y sont déjà succédé... Et puis en 2011, c'est le saxophoniste himself qui est venu en terre bretonne pour guider le Nimbus vers d'autres cieux. Une direction suivi d'une masterclass où les quatre musiciens se sont retrouvés. Voulant prolonger le plaisir, ils ont formé The Khu, dont Happy ?, sorti sur le label Offoron, est le premier témoignage discographique.
Tous ne nous sont pas inconnu, puisque la base rythmique de The Khu, composé du bassiste électrique Benoît lugué et du batteur Vincent Sauvé était celle de l'excellent Fada. Un groupe que nous aimions particulièrement par ici. Une base rythmique qui se connaît par coeur et déjà absolument rôdé aux polyrythmies colemanienne complexes. Ces deux là s'en donne d'ailleurs à coeur-joie, jouent au chat et à la souris, s'entrechoquent, et se coursent avec un plaisir évident ; un plaisir communicatif.
Voilà qui donne le ton d'un disque gourmand. 
Happy ? rend hommage au M-Base sans cependant ânonner ses principes. Cela commence dès "Phosphorus" qui ouvre l'album, avec le jeu concentrique de l'alto de Péoc'h. Un pivot immuable du propos que dynamite le tromboniste Johan Blanc.
Ce dernier est peut-être le moins connu de l'attelage, mais il gagne à l'être : le savoyard a un jeu chaleureux, qui s'accomode à merveille de l'électricité virulente de Lugué ("Happy ?") et sait utiliser les ressources microtonales de son instrument pour ajouter de la complexité à un propos solide et soigné ("Mangmoon"), quand il ne joue pas -à l'instar de Coleman sur des créations comme Lingua Franca- de la cloche pour rajouter de la complexité au développement rythmique de la paire Lugué/Sauvé.
Johan Blanc signe également la plupart des morceaux avec son comparse soufflant. Sa méthode de composition, basé sur suites numériques générées par les des dés comme pour borner le hasard offre à The Khu une approche sophistiquée que la paire rythmique, et notamment le jeu de pédale du bassiste rend tout à fait malléable et urbaine. 
En effet, Lugué vient du Funk et l'approche de The Khu s'en ressent, comme en témoigne l'excellent "Blues en Pi". The Khu n'est pas un simple Tribute to Steve Coleman. Le quartet a trouvé sa propre musique des recherches du M-Base.
Bien sur, la grammaire colemanienne est absolument revendiquée dans un morceau comme le très explicite "Khutchatchakun" qui est le sommet de l'album. Dans ce morceau court, le jeu collectif semble se lancer dans un mouvement cycliquede plus en plus inexorable. Tout n'est cependant pas joué droit devant. De loin en loin, le propos s'infléchit, jusqu' à prendre d'autres atours beaucoup plus abstraits dans le "Chanda" final. Une piste à creuser à l'avenir, plus "Malikienne", pour un groupe très solide qui se déguste sur scène sans modération.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

 

30-Paille