Comme mon camarade Denis, qui livre de ce disque une double opinion (sur son blog et sur CJ) marquée par un sentiment de vécu, avant de poser la Suite Astrale d'Antoine Galvani, je ne connaissais rien de ce pianiste ni de son double plus malicieux que maléfique, le pianiste Ahn Tuan. Une double identité bien pratique quand on veut passer du Metal ou de la Pop au jazz sans brouiller les pistes. Autant sans doute qu'un brouillage de pistes bien pratique quand il s'agit d'assumer une double identité.
On peut ne rien connaître d'un musicien, faire quelques recherches sur Internet sur lui et sur ses onze apôtres, découvrir que certains d'entre eux côtoient le collectif Pince-Oreilles basé à Lyon, célèbre surtout pour le travail d'Anne Quillier, et se sentir tout de suite en proximité. Une forme d'intimité basé sur des socles culturels communs, des références identiques et le plaisir des formes impures, jamais là où on ne les attend vraiment. "Mirages" commence comme un morceau qu'on qualifiera d'ambient avec la batterie très polymorphe de Baptiste Castets. Elle mue à vue d'oeil vers une mélodie limpide d'abord impulsée par la contrebasse impeccable de Arthur Henn et le soprano d'Illyes Ferfera.
Une sorte de formule classique de jazz hexagonal classieux et coloriste avec un piano caressant, avec une main droite attentionnée et très cadrante qui prépare la puissance d'une main gauche autoritaire et rythmicienne.
Voici le Ahn Tuan New Quartet qui est en quelque sorte le squelette de cette suite stellaire, l'orbite majeur sur lequel vient s'agréger peu à peu des comètes foudroyantes et joyeusement éparpillé dans toutes sortes de dimensions plus où moins extravagantes sans jamais perdre de sa cohérence.
C'est le défi majeur de Galvani et c'est la grande réussite de ce disque. La trajectoire ne dévie pas. Quelle que soit l'étape contée par ce disque, quelles que soient les péripéties du vaisseau spatiale qui nous conduit dans les étoiles, on reste sur le même cap. Un cap marqué par le rock progressif, le vrai, sans grandiloquence, qui s'exprime sans doute le plus clairement sur "Symetric land" avec l'ajout du trompettiste Aurélien Joly et surtout la guitare de Ben Barutel et les claviers vintage de Galvani.
Ce ne sont pas des clins d'oeil ou je ne sais quel hommage, c'est juste un plaisir de jouer une musique originale qui emprunte les codes des Pink Floyd ou de King Crimson sans les revendiquer. On trouvera également que les illustrations du livret font songer aux pochettes de Yes. Tout ceci fait partie du climat.  Il s'agit juste d'utiliser ces ingrédients pour préparer sa propre pâte. Témoigner que comme les rages soudaines de metal ("Space Trip 2") où les hymnes rétrofuturistes de "Strange Ground", ils sont des petites traces laissées d'un parcours musical.
Suite Astrale est le genre de disques où l'on est jamais vraiment largué. Certains y verront de la prog pure inoculée au jazz, d'autres dès "Space Trip" y entendront des ponts assumés avec des groupes Abstract Hip Hop comme Prefuse 73. Peu importe, ce n'est à aucun moment trop appuyé. Une belle auberge espagnole ouverte à toutes heures qui ne ferme jamais vraiment la porte. On excusera presque la longue, trop longue plage fantôme en fin d'album, alors même que c'est logiquement interdit par la convention de Genève... C'est le vaisseau qui rentre dans l'atmosphère et perd tout repères... Avant de retomber sur ses pattes.
Une grande réussite que ce disque surprenant

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

10-Bar-Garance