Cela faisait sept ans, sept longues années que le duo de Claudia Solal et Benjamin Moussay n'avait pas sorti d'albums. Sept ans, une éternité au regard d'une scène en perpétuel mouvement ; mais néanmoins pas assez pour perdre la douceur familière de la boîte à cuillère.
Spoonbox, le nom que le duo se donnait lorsqu'il s'augmentait en quartet pour réclamer le Room Service... Car s'il on remonte au duo pur et simple, au Porridge Day fondateur, c'est carrément douze ans en arrière.
Mais toujours la même fraîcheur.
Butter in my Brain, sorti ce jour chez Abalone est une bulle pop aux parois kaléidoscopiques et faussement fragile, un secret de fabrication qui semble n'être possible qu'avec le concours de la chanteuse et du clavièriste. Une recette avec toujours autant de préparation, puisque la musique est une nourriture parmi d'autres. Fini le Porridge, vivent le beurre et les champignons. Toutes sortes d'ingrédients utilisés par deux cuistots-magiciens, unis par une même complicité et un goût pour les climats Merveilleux, au sens le plus littéraire qu'il soit.
La voix de Claudia, d'abord, douce et qui n'a crainte d'aucune émotion et les laisse éroder le velours. Sa voix charrie des grains, mais aucun d'eux ne heurtent ni ne griffe. Rien n'est lisse puisque des reliefs sont sensibles, mais ils ne font que donner de la consistance aux propos et aux histoires douces-amères contées dans les chansons. Ainsi « Smoke House in The Ocean »où l'électricité brumeuse de Moussay est le manteau idéal de la rêverie de Claudia Solal est un moment flottant, léger, qu'on approche avec un certain détachement et qui se teinte parfois d'une pointe de spleen. De ce genre de spleen aussi accueillant qu'une vielle peluche d'enfant dans les bras de laquelle on s'abandonne à une forme de mélancolie.
Un spleen qui ne s'interdit pas aussi un peu de piquant, d'humour, quand bien même se serait la politesse du désespoir. Claudia Solal raconte des histoires de liberté, d'amour, d'indépendance (« The House That Jack Built »), Moussay éclaire la voie sans jamais la précéder. Si cette liberté n'est pas réclamée à hauts cris, c'est parce qu'elle est là, à porter de main. Fragile mais omniprésente. Indispensable.
Le jeu de Moussay, ensuite, est beaucoup moins électronique que par le passé. Son jeu reste une pluie fine, rafraîchissante, qui se complaît dans les aigus, cherche le cristallin comme pour contrebalancé la profonde tranquillité de sa comparse. « Multitrack Girl » en est l'exemple, avec ce traitement lointain qui laisse beaucoup de place à l'imagination et à la voix de la chanteuse. Claudia Solal, sans jamais forcer sa voix, est la part d'imaginaire de Butter in my Brain ; elle se double, se répond, vocalise avec la volonté de laisser toutes sortes d'émotions s'échapper sans néanmoins perdre le contrôle. Un travail d'équilibriste qui est la clé de voûte de cet album.
Une véritable construction poétique qui n'est pas sans rappeler que le duo a de la Canterbury Music dans les veines ou à défaut dans les oreilles. En écoutant « Nightcap of Sparrows » et la tournerie construite par Moussay, on songe à l'élégance des chansons de John Greaves.
Nous sommes ici dans une branche de cette famille. On l'accueille comme si nous nous étions jamais quittés.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

03-Parée