Véritable moteur de la machine Onze Heures Onze (c’est le premier album du quintet qui a donné son nom au collectif), Oxyd propose avec The Lost Animals une vision de la dualité qui illustre à merveille l’état d’esprit d’Alexandre Herer et de ses amis depuis toujours.
Un rapport de force entre l’électricité et le charnel, un frottement entre les musiques des plus libres et la puissance du rock, une lutte entre la folie des rythmiques impaires et la frappe lourde de Thibault Pierrard.
En tout instant, le batteur s’entend à merveille avec la basse électrique d’Olivier Degabrielle, témoin cette échange rocailleux dans « Pyrenean Ibex » alors que le rhodes de Herrer, omniprésent et hypnotique tente de ralentir la cadence, créant une sorte d’état second, fortement opiacé (« Upward, not Northward »).
Cette dualité, elle se joue aussi dans la relation du trio très rythmique et électrique, cœur du volcan, et les deux soufflants. Si la trompette d’Olivier Laisney est très présente, souvent en contrepoint du Fender Rhodes (« Sulu Bleeding Heart », extrêmement tendu), le rôle du saxophone ténor est plus ténu, s’attachant davantage à donner de l’air et de l’espace à un propos qui pourrait se révéler très dense.
On retrouve en creux la dichotomie native du collectif, qui doit beaucoup à l’énergie de Magic Malik mais s’intéresse également à des sonorités plus abstraites avec le Aum Grand Ensemble. Oxyd est une synthèse que The Lost Animals endosse très bien. Un alliage solide. Une ferraille lourde, et sa rouille qui la pèle pour devenir de minuscules et fragiles particules (« Alaotra Grebe »).
Musique utilisée pour un court métrage apocalyptique qui raconte la lutte entre deux hommes, entre violence et création. Il s'agit du dernier homme d’Olivier Poisson, NDLR. Ce nouvel album d’Oxyd est un condensé de modernité qui ne se laisse cependant pas aller à un goût pour la mode et la force de l’habitude.
La musique du clavièriste et leader, même si elle est très référentielle de certaines directions prises par des musiciens de jazz français influencés par le M-Base, est très originale et plein de surprises. C’est notamment dans son utilisation de superpositions et de strates qu’il réussit à nous captiver, à la recherche de ces animaux perdus et parfois quelque peu fantasmagoriques.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

111-Souel