A la fois, tous les disques du petit elfe islandais pourrait figurer dans cette rubrique, mais c'est sans tergiverser que j'ai choisi Homogenic, qui représente à mes yeux un claque dont je me souviens encore et les bases déposées -envoyées au visage serait plus correct- d'un univers musical unique, propre, "d'auteur" parfaitement réussi, enthousiasmant et au surplus, complètement et définitivement intemporel. Vous pouvez le réécouter. Ca n'a pas pris une ride.
Il y a plusieurs raisons à cela. Mais une première est protubérante : les programmations de Mark Bell, et l'orchestration d'Eumir Deodato sont magnifiques, réfléchies et tellement finaudes qu'elles sont universelles. Rien que ça. Deodato est un fabuleux homme de l'ombre dont on reparlera bien vite, clavier remarquable et jazzman de renom, il impose à Björk un univers de cordes qui la pousse dans ses retranchements. Et ils sont très élastiques. C'est sur Bachelorette, morceau remarquable que cette collaboration monte au sommet. Ce n'est pas la pop qui est convoqué, c'est la musique. Ce n'est pas qu'un simple bidouillage électronique, c'est la musique... Cette musique qui sait qu'il n'y a pas de barrière entre Stravinski et Kraftwerk...
Homogenic c'est le disque de l'excès. Trop d'arrangement, trop de fausses pistes, un étalage de couches infinis, beaucoup de préciosité, d'emphase... Et pourtant ça tient debout, à cause de cette explosion brulante qui sourd sous la glace, et d'un agencement très calculé de l'album. Qui aurait osé mettre une bombe acide comme Pluto à la fin de l'album ? Pas grand monde, et c'est cette outrance qui fait que l'album tient debout.
Et puis il y a Björk. On peut penser ce qu'on veut du personnage, la trouver agaçante, maniérée... Mais c'est avant tout une incroyable vocaliste, habitée par une créativité qui en fait une artiste à part. Björk n'est absolument pas opportuniste dans ses choix. Elle créé un univers, et ce disque en est l'un des plus beaux joyaux !