Volunteered Slavery est un album important de la carrière de Kirk, même si ce n'est pas toujours celui que l'on cite en premier
On aurait pu parler de cet album à l’occasion de la sortie de l’album d’Olivier Temime, Breakfast in Babylon, puisque son groupe est une référence directe avec cet album de l’immense Roland Kirk. Je ne le fis pas à l’époque, et pourtant, ce disque mérite sa place dans les racines du bien par ce qu’il véhicule, par sa liberté et son approche visionnaire. Par le souffle fondamental de création qui inonde l’ensemble de l’album…
Se référer au Volunteered Slavery, c’est vouloir embrasser une musique totale, un spicilège ouvert en mutation de la musique noire-américaine dans son ensemble et même au-delà, tant Roland Kirk est allé chercher la musique et son inspiration dans l’air du temps. Pas de celui qui murmure aux oreilles des décideurs, mais plutôt celle qui rythme la rue et les âmes…
Roland Kirk est un musicien total, habité par sa musique, peut être la seule chose de laquelle il est bon d’être esclave ; surtout si l’on en est l’esclave volontaire. Le multianchistre reste célèbre pour jouer de trois saxophones en même temps, et d’être l’un des rares utilisateurs du « Manzello » et du « Strich », deux saxophones rares avec lesquels, grâce à une capacité respiratoire hors-norme il pouvait se permettre toutes les excentricités harmoniques. On ne saurait d’ailleurs faire ici la liste de l’ensemble des instruments utilisés par Kirk, mais sa volonté de recherche et de création ne s’arrêtait pas à la musique, se projetant dans l’utilisation –parfois délicieusement iconoclaste- des instruments…
Insolite, performeur, sauvage parfois dans ses traits de saxophones tranchants comme des lames portés par un enthousiasme communicatif, Roland Kirk reste souvent l’enfant turbulent d’un jazz en mutation et en perpétuelle création. Le limiter à cela, ce serait oublier la fantastique capacité d’improvisateur et de compositeur de ce musicien habité, et son ouverture d’esprit sur toutes les musiques en mouvement… Kirk était un musicien vénéré par Zappa, qui a joué avec lui, et c'est une autres dimension du personnage, plus politique, plus ancré dans un mouvement de contestation et d'éclatement des genres et des étiquettes.
Avec Volunteered Slavery, on est en plein dans ces axes musicaux.
Enregistré en live en 1969, avec parfois un son un peu crade, granuleux qui colle super bien à l'ambiance, au son, à l'attitude même de Kirk dans sa musique. Avec un groupe taillé pour le suivre dans les circonvolutions, les fausse-route, les envies, les musiques qui passent dans l'air comme dans la rue, Kirk passe d'une composition maison à "Hey Jude" des Beatles en un tournemain, Donne des couleurs à un composition parfaite de Bacharach, "Say a Little Prayer" qui assume ici un vrai fond de Soul rocailleuse, éclatante et tourmentée, loin de la douceur pétillante de l'originale, qui doit beaucoup à la foisonnante base rythmique, mais aussi et surtout au talentueux tromboniste Dick Griffin...
Volunteered Slavery est un disque indispensable par sa rage et par sa fougue, tout autant que par le talent de Kirk, qui se découvre ici cruement, presque violemment...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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