Ferdinand Doumerc est un saxophoniste toulousain remarquable, à la fois par son jeu, mais aussi par la qualité des projets auxquels il participe, Stabat Akish notamment, mais aussi Pulcinella, dont le disque sorti chez Yolk en 2008, avait fait l'unanimité par sa diversité, sa cohésion, et son énergie.
A la base du son de Pulcinella, le goût de l'errance, des chemins de traverses et des atmosphères de cirques surannés qui balade son monde de Toscane en Balkans vers des territoires à défricher. Le quartet toulousain, aux influences foutraques qui vont de Zappa à la Campagnie des Ouïr est composé d'une base rythmique puissante avec Jean-Marc Serpin à la contrebasse et Frédéric Cavallin à la batterie, ainsi qu'un accordéoniste formidable, Florian Demonsant, qui apporte à Pulcinella ce son si particulier à cheval entre plusieurs cultures et plusieurs musiques.
Le nouvel album de Pulcinella, Panther's Play, est enregistré chez un autre label habitué des lieux, BMC, avec la collaboration d'un trio hongrois, Dzsindzsa. Ce disque est l'histoire d'une rencontre au festival Mediawave, l'une des places fortes européennes d'une musique improvisée avec un trio qui partage avant tout cette vision commune et libertaire de la musique. Dzsindzsa c'est un très bon saxophoniste ténor, Gabor Weisz, mais surtout une base rythmique de feu, les très prometteurs Erno Hock à la contrebasse et Hunor Szabo à la batterie, qui étaient présent dans l'excellent album de Istvan Grencso sorti chez le même label.
Ce qui pourrait paraitre comme une surenchère (deux basses, deux batteries, ce qui est patent dans le très direct "Fanfare in 7") s'intègre au contraire parfaitement bien et dégage même des pistes d'improvisations, des recherches de terrain commun sur des mélodies simples et populaires que les musiciens emmènent en voyage dans leurs terrains de jeu respectifs.
Au fil de l'album, on ne peut s'empêcher de songer à la "Manivelle Magyare" que la Campagnie, la vraie référence directe de Pulcinella, avait enregistré avec la génération précédente de jazzmen hongrois.
Le résultat est un disque plein, où l'on sent à la fois l'enthousiasme et la volonté de produire une musique en mouvement nomade et très ancré dans des folklores imaginaires, parfois même rigolarde et iconoclaste quand ce qui est devenu un septet entame un reggae cabossé et de guinguois dans "reggae holiday", ou quand sur une composition de Demonsant "Doublement boeuf", le combo part sur une atmosphère que ne renierai pas Laurent Dehors. Un disque vraiment chouette pour des musiciens qui le sont tout autant.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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