On l'abordait de manière tangentielle hier, mais pleuvent en ce moment les petites bombes acides et acariâtres à propos de l'Internet, le grand méchant Internet et son damné acolyte, twitter, chargé de tous les maux et de toutes les avanies.
Il n'est pas un jour, les agapes à venir donnent probablement des aigreurs anticipées, sans qu'un représentant politique, un éditorialiste au chaud ou une caution morale du monde des arts (de la table) ne se fendent d'une tirade alarmiste sur les dangers de la toile.
Ainsi, en une semaine, c'est Arditi qui nous y avait, c'est vrai, déjà habitué, c'est l'amicale des anciens de l'ORTF qui se rappellent à quel point Internet n'existait pas sous Giscard ou encore c'est une tribune dans le quotidien vespéral de référence qui nous explique que twitter c'est le mal et que l'on ne peut pas s'exprimer en 140 caractères autrement qu'en simplifiant le propos.
C'est vrai que Twitter, lorsqu'il est utilisé comme IRC améliorée, pour débiter des bêtises, pour relayer un buzz entendu souvent en primeur sur les médias traditionnels et lancé la plupart du temps pour détourner l'attention (c'est ce que en web 1.0 des forums on appelait la pollution et le trollage, et il y a des spécialistes) peut paraitre bien futile, même si c'est parfois bien bon.
Mais réduire twitter à cette utilisation, ce serait comme reprocher à un journal papier de servir à emballer le poisson et de conclure en bon sophiste de concours que le défaut de la presse écrite est de contribuer à dépeupler les océans... On pourrait dire aussi que sans twitter ou le réseau, je ne serai même pas allé poser mes yeux sur cet article. Mais ce serait mesquin.
Grâce à ces vigies de la pensée bien droite, nous le savons désormais, nous autres pauvres pècheurs utilisateurs du réseau, veilleurs professionnels ou enthousiastes, lecteurs attentifs des blogs, observateurs curieux de la ville et du monde, prescripteurs passionnés et désintéressés, militants érudits, experts partageurs, ne sommes que de dangereux démagogues qui ne faisons rien qu'à désinformer en partageant nos liens, nos connaissances et nos trouvailles gratuitement et en réseau.
Nous ne sommes que des fouillent-au-pot inconscients qui mettent à mal la Démocratie, devenue pédiluve à bonne conscience, en ne faisant rien qu'à nous passer d'intermédiaires pour s'informer de ce qui se passe dans notre environnement, tout en restant incapables d'avoir un angle, une technique de recoupement et in fine une opinion. Nous prétendant même parfois las de cette presse rouillée et sans estomac, irresponsables que nous sommes.
Laissons ces cassandres montrer à quel point la volonté d'accrocher leurs petits ongles au pouvoir en faisant mine de tomber est burlesque. Rions même de bon coeur.
Parce qu'après tout, le Spectacle continue et la plupart des internautes se servent du réseau pour aller sur les sites de RTL ou de TF1, pour voir si Jauni respire, si Susan Boyle a de la moustache ou pour regarder bambi danser... Ce sont même eux qui font tout ce buzz insuportable.
Les cris indignés ne servent peut être alors, inconsciemment ou pas, qu'à conserver le cheptel de cerveau disponible ; manquerait plus que quelques moutons noirs se mettent à surfer librement, et qu'en serait-il de leur vieux monde ?

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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