Bruno Regnier fait partie de ces directeur d'orchestre qui font la renommée des grandes formations hexagonale, tant par son talent d'écriture que par le foisonnement de ses projets. Il fut question de ses suites dans ces pages, et c'est désormais avec son fameux "Ciné X'tet" que nous le retrouvons aujourd'hui. Il est à la mode de faire du ciné-concert pour les orchestres de jazz, et il faut bien reconnaitre que ce n'est pas toujours heureux. Mais le talent d'écriture de Régnier et sa capacité à s'entourer d'excellent musicien le place d'entrée parmi les bons élèves, voire les maitres de la discipline.
Avec une équipe remarquable et une musique luxuriante, Régnier reluque comme toujours tout autant du côté d'Ellington ou Mingus que de la musique orchestrale "classique" par ses contrepoints et ses contrechants, sa propension au dialogue et la précision évocatrice de ses images qui fait de sa musique une orfèvrerie cinématique. On notera également un clin d'oeil a Henri Texier (et son strada sextet) dans un morceau ou l'excellent tromboniste Matthias Mahler (aperçu avec Ducret, dans le sacre du tympan ou dans Melosolex) se teinte des atours de Georgi Kornazov dans un "Fight'n'Kisses" très lumineux.
Un tromboniste qui, a l'instar du clarinettiste Olivier Thémines ou de Fred Chiffoleau (de Francis et ses Peintres !) à la contrebasse offre une vraie palette et des vraies possibilités pour Régnier pour donner de la profondeur à cette musique de film, qui s'appuie grandement sur ses soufflants. C'est cette assise qui donne parfois des airs de fanfare à une musique qui prend souvent des airs de valses tournoyantes. Une tournerie où la clarinette basse se fait introspective et donne cette touche bravache qui va si bien au vengeur masqué.
Car l'inspiration du Ciné'Xtet, c'est un film de 1920, The Mark of Zorro, réalisé par un tâcheron du muet, Fred Niblo. Pas un grand film, mais c'est celui qui eut le mérite d'être le premier film ayant pour "star" le justicier mexicain avec Douglas Fairbanks...
Si Regnier a choisi pour y nicher sa musique, c'est pour son côté frondeur, car le Zorro de Niblo a plus de panache que son avatar Disneyien. C'est ainsi que l'on retrouve parfois, au détour d'un thème, une teinte latine ("Sergent Gonzales") dans laquelle fort heureusement il ne s'enferme pas, utilisant pour cela la touche coloriste de Pierre Durand à la Guitare ou Alain Vankenhove à la trompette.
Pour le reste, les thèmes enlevés et ardent se disputent aux morceaux clairs-obscurs comme les très beaux "Con Padre et réciproquement". Mais le mieux pour les ciné-concert, c'est de mélanger l'image et la musique. C'est possible avec Internet, puisque le disque est en streaming tout comme le film.
Le plus difficile est d'arriver à synchroniser les deux, mais le résultat est plaisant et illustre de manière concrète l'excellent travail de Régnier...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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