On avait quitté Sylvain Cathala, l'élégant saxophoniste ténor leader de Print, dans ce quartet élargi très entouré de magnifiques improvisateurs évoquant l'ambiance urbaine et nocturne d'Around K. C'est donc avec une vraie joie que nous le retrouvons cette fois en trio avec le "Sylvain Cathala Trio", nouveau nom de l'entité "Rolex", formation reconnue de la scène parisienne et qui valut en son temps une récompense à son leader pour leur premier album.
Cet album, Moonless, continue l'aventure menée depuis 2006 aux côté de deux splendides musiciens, le batteur Christophe Lavergne, aperçu -entre autres- avec Francis et ses Peintres ou le Diagonal de Chollet et l'admirable contrebassiste Sarah Murcia, leader du groupe Caroline que l'on aime particulièrement par ici.
Si le disque est l'occasion de constater une fois supplémentaire le talent d'écriture de Cathala pour une musique très expressive et coloriste qui transporte immédiatement dans une atmosphère particulière dessinée à renfort de polyrythmies évocatrices par un Lavergne plus musical et métallique que jamais (le morceau B.A.M en témoigne), il se place en quelque sorte comme le revers solaire d'Around K.
En effet, si le disque de Print se situait dans la nuit, Moonless semble évoquer les soleils de Minuit sur la Baltique, là où la nuit parfois n'existe pas sauf dans une sorte d'entre-deux irréel dans lequel s'instille une poésie suspendue et magnétique qui ressemble fort à la musique de ce trio... Rien d'étonnant, peut être, pour l'auteur des Baltic Dance  que de chercher du côté de cette nonchalante rigueur !
Une musique faite d'image pour des musiciens rompus à travailler pour le théâtre ou le cinéma. C'est ainsi que dans l'album des morceaux telluriques comme "entremélés" côtoient des purs moment d'émotion suspendu comme "Cinquième ballade" où la relation Murcia/Lavergne, où les toms semblent traversés par l'archer de la contrebassiste...
Mais Moonless, c'est avant tout un terrain de jeu idéal pour ces trois improvisateurs qui construisent dans un triangle parfait aux arêtes complexes ou chacun des trois musiciens semble jouer de front une musique sophistiquée, où l'émotion émerge de ce registre lumineux.
Chacun semble amener l'autre à son meilleur niveau sans pour autant tirer la couverture à soi, sans prédominance particulière, sauf celle du son, de la puissance et de la présence quasi physique des trois comparses qui jouent tous les trois un rôle mélodique fondamental à côté de Sylvain Cathala, toujours aussi précis, raffiné et économe d'effets...
Ainsi, dès le premier morceau et de façon bien plus patente sur le morceau "Black Dance", Sarah Murcia emplit un album qu'elle éclabousse de talent de son phrasé tout en rondeur et en musicalité avec une simplicité comme inexorable avant que le ténor indolent de Cathala ne vienne la suppléer, porté par le jeu toujours juste de Christophe Lavergne, qui construit une assise musicale foisonnante.
L'album, autoproduit, est disponible sur Internet et au Souffle Continu à partir du 1er mars. C'est une des plus belles surprises de ce trimestre...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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