Sébastien Llado est tromboniste et ce n'est pas la moindre de ses qualités. Depuis des années, les amoureux de jazz connaissent ce musicien plein d'énergie et de joie de vivre qui écume avec autant de bonheur les scènes parisiennes que le Net, qu'il fut l'un des premiers à coloniser, offrant sa musique à l'écoute et au téléchargement. Si je puis glisser ici une anecdote personnelle, il fut l'un des premiers musiciens que je ne ne connais pas physiquement avec qui j'ai discuté via la toile... c'était en 2007, et ce blog avait un mois.
Sébastien Llado est l'un des meilleurs trombonistes de la place ; qui en compte pourtant bon nombre. Il sait être éclatant et mélodique et garde la part de poésie qu'il a puisé auprès de l'un de ses pairs, Steve Turre avec qui il aura appris à jouer des coquillages. Cet art difficile donne toujours une teinte presque enfantine, fascinante à sa musique, ce qui avait particulièrement marqué les esprits dans l'ONJ de Claude Barthélémy, au début de ce siècle. Restait à graver tout ce parcours sur un disque, ce qui reste un incontournable, quel que soit les époques -et encore pour longtemps, "Avec Deux Ailes" le prouve-. C'est avec son quartet, celui qui tourne fort et qui est diablement soudé que l'enregistrement s'est fait live -forcément- pour garder l'énergie d'un grand club parisien.
Avec Deux Ailes est le premier album du label "Les Disques de Lily" de l'ami Jérôme Gransac. C'est toujours un évènement un label qui se monte, et il convient de souhaiter bon vent à celui-ci, surtout s'il est porté par les conques de Sébastien !
Llado est un sideman qu'on s'arrache. On sait qu'il a fait la partie de trombones dans le grand succès de Yael Naim, moins qu'il a travaillé avec Hocus Pocus ou Kravitz ; ça c'est Jérôme Gransac qui nous le dit dans les liner notes d'un édition très soignée. Mais Sébastien à l'âme et l'imagination tenace d'un leader. Son quartet est son terrain de jeu préféré.
Dès l'entame, avec cette reprise de Billie Jean de MJ, on découvre le son sec et immédiatement groove du contrebassiste Bruno Schorp qui est la grande découverte de l'album. On retrouve aussi un humour qui s'illustrera sur La Magrade, parodie sablonneuse de blonde évanescente qui s'évertue à brosser les tubes de camping... Le tout joué aux coquillages, ce qui ne fait pas perdre de vue, là non plus, un groove de chaque instant.
Les deux Ailes de Llado ne se doivent qu'à ces seules origines catalanes. Elles sont à la batterie et aux claviers. De bout en bout, Leïla Olivesi est le boutefeu de cet album (Tranz Tanz !). L'alchimie se fondent sur les deux morceaux intitulés Elan vers la Lune (première aile et seconde aile) où la batteuse Julie Saury (membre du Lady Quartet de Rodha Scott) s'offre par ailleurs un formidable solo. Si le quartet est si solide, c'est que la base féminine est un socle inamovible et réjouissant.
Au milieu de tout cela, Llado jubile. Il peu growler, jouer avec toutes les possibilités de sa coulisse, faire ce qu'il veut pour tout dire. Il est toujours juste et au plus profond du groove. Un disque enthousiasmant et qui donne envie de croquer du Live !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir....

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