Depuis 2002, le Sacre du Tympan dépoussiére la musique en grande formation avec humour, dérision et une exubérance de chaque instant qui caractérise le jeu très coloré de ceux qui étaient au départ 17 musiciens issus du CNSM.
Aux commandes de ce combo à géométrie variable, le bassiste et compositeur Fred Pallem dont les influences multiples et iconoclastes et l’écriture très ouvragée a tout de suite marqué les esprits par sa capacité à mélanger sans écartèlement des mélodies très pop avec une orchestration d’un grand raffinement.
De Schiffrin à Michel Magne en passant par celui que l’on cite sans hésitation à l’endroit de Pallem, le regretté François de Roubaix, la musique du Sacre est teintée de cette musique des images qui a toujours tutoyé le jazz et la pop avec la même gouaille. De Roubaix est d’ailleurs à l’affiche du dernier spectacle du Sacre, « L’Homme Orchestre », en sextet autour du bassiste.
On avait été surpris par « La Grande Ouverture », le dernier album du Sacre qui assumait absolument son côté pop. La chanson s’offrait de luxueuses dorures d’arrangement et la profondeur d’un big-band avec le concours de plusieurs invités ; cette formule aura été popularisée depuis... Le Sacre allait-il tourner définitivement la page de ses premières sorties pour aller tout droit vers la pop ou rebondir à nouveau ?
C’est en plus petit comité (10 musiciens parmi lesquels Rémi Sciutto aux saxophones ou Daniel Zimmerman au trombone, qui sont là depuis le départ…) Que Pallem revient avec Soundtrax, un projet autour du cinéma. Pas n’importe lequel, mais le cinéma de quartier de la pop-culture triomphante, plein de monster movie et de fille courte vétue où la musique valait parfois bien plus que l’histoire fixée sur la péloche !
Après avoir inventé, exploré, fait exploser les genres, Le Sacre du Tympan se recentre sur le cinéma avec toujours cette volonté d’allier simplicité et grandiloquence tout en cherchant un public plus large, plus pop que celui qui écoute traditionnellement du jazz. Soundtrax et sa pochette qui évoque les années 70 et le cinéma en tant qu’objet pop recèle des tonnes de clins d’œil et d’allusions référentielles, de faux départs et de citations transfigurées -qui trouvera une allusion planquée à Vannier dans « Plurabella’s Walk » ?-.
Le sacre du Tympan surprend moins, certes, mais se fait plaisir dans 16 morceaux tirés de 8 films imaginaires aux ambiances très marquées qui rendent hommage sans le dire à des musiciens ; soit directement -« L’océan » évoque immanquablement De Roubaix et « Plurabella Strikes Again » Schiffrin…- soit en mélangeant les pistes. De temps en temps, dans « The Naked Bath » notamment, on se dit que Le Sacre et Air ont le même background musical, mais que contrairement aux versaillais, la grande formation a bien plus de vocabulaire musical et bien moins de prétention…
Il y a de la jubilation dans le propos du Sacre, et un vrai plaisir à évoluer dans ses musiques qui sont pour le groupe un pré-carré où tout ronronne. La vraie trouvaille pleine d’humour, c’est les pitches écrit par Pallem pour décrire les huit films comme autant de gros clichés qui tournent à la pochade. Du Western Spaghetti à l'érotique soft en passant par l’action movie pour ados, tout y est et permet tous les hommages possibles. On pourra trouver que tout cela ne se renouvelle guère ; mais c’est bon de piocher dans un paquet de friandises certain de ce qu’on va y trouver…

Et une photo qui n'a strictement rien à voir..

04_Inferno