« Faut que je reste entière » nous dit Lola Lafon dans la première chanson de son nouvel album, Une Vie de Voleuse, qui sonne comme le Manifeste personnel d’une intransigeance au monde.
« Faut que je reste entière » ; qu’elle se rassure.
Pleinement vivante, elle l'est, loin de ces « déjà morts » qui  peuplent le monde et son roman «  De ça je me console ». Pleinement entière parce que ses textes sont formidables et que dans le marasme nombriliste de la chanson française actuelle, elle apparait comme l’une des plus troublante et des plus enthousiasmante.
Grandir à l’envers de rien, son ancien album était acéré comme une lame, il fouillait les tréfonds des laideurs des hommes et de la déréliction de la Société dans une drôle de rage ; il peut encore passer souvent sur la platine, il sera accueilli avec la même jubilation.
Une vie de voleuse est différent. Plus personnel, il place un regard individuel et intérieur sur la grande marche du monde tout en ne perdant pas son esprit de lutte et de combat. Il est plus intime aussi, dresse un paysage de contraste entre la fuite enthousiaste qui fait brutalement songer aux violettes et cette France grisâtre qui dégueule de rétention… Avec toujours ce sens de la formule et du rythme des mots, de la phrase choc et poétique qui décrit en quelques mots tout un univers d’espoir sur un arrière-plan absolument désabusé ; Lola se place définitivement parmi les grandes plumes de la chanson. Inutile de chercher telle ou telle filiation ou hommage : On pensera à Barbara bien sur pour l'écriture distanciée et très travaillée rythmiquement, mais on pensera aussi aux poètes sans musiques... le tout avec cette voix mi-détachée mi-sussurée qui donne un peu plus de profondeur encore aux textes. Ils sont moins virulents que ses romans, peut-être, mais ils décrivent un monde qui respire...
La grande réussite de l'album, comme le premier, c'est sa grande qualité musicale. Lola Lafon a vécu au cœur des Balkans, et sa musique s'en imprègne, sans pour autant tomber dans l'orkestar balourd pour punk-à-chien. Tout en élégance, c'est un cymbalum épars qui va ouvrir l'album avec la belle chanson "Soustraire". On notera le travail d'arrangement et d'écriture particulièrement fin de Julien Rieu de Pey à la basse et l'accordéon d'Ivica Bogdanic qui donne de la cohérence à l'ensemble et fait le pont avec l'album précédent. On retrouvera également cette utilisation particulièrement intelligente des samples qui fait intervenir un ensemble vocal Bulgare dans l'éthéré "La Tempête qui s'annonce". On notera également les clarinettes de Jérôme Bensoussan dans "Ploua", chantée en roumain, comme pour afficher un internationalisme des vivants invisibles.
Parmi les points forts de l'album, la chanson "Anna-Livia", "Aux prochaines minutes" et "En résistance" qui justifierai à lui seule qu'on aime l'album. Ils ont peut être l'image, mais Lola a trafiqué la bande-son.
C'est même pour ça qu'on l'aime.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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