Parmi les petits plaisirs que peuvent vous donner un disque découvert un peu par hasard, il en est un qui surplombe les autres, c'est d'y trouver soi-même des chemins familiers. D'y piocher des goûts commun et un sens particulièrement intime du rapport à la musique entre humour, espièglerie et atmosphère poétique dans une constante recherche esthétique.
Hanakana, le disque du duo franco-japonais Donkey Monkey sorti auprès du label suédois Umlaut, est arrivé sur ma platine par des chemins détournés, sans que je m'explique encore vraiment comment. Il peine à la quitter depuis plusieurs jours tant il est à la fois un mélange de rigueur et de fantaisie. La jeune pianiste Eve Risser n'est plus à présenter. Elle est bien sur la pianiste de l'ONJ d'Yvinec, ce qui l'a propulsé un peu plus sur le devant de la scène, mais depuis des années, elle multiplie les apparitions scéniques avec du très beau monde (Birger, Haden, Sciuto, Grip...). Son duo avec la batteuse japonaise -qui vit à Strasbourg- Yuko Oshima fait partie de ces projets enthousiasmants dont on entend pas assez parler. La preuve, je n'avais pas causé de leur premier album, Ouature, en 2007 qui était pourtant bien chouette et détenait déjà cette saveur brillante et pétillante.
Oshima vient du rock japonais, et sa frappe franche et agressive, qu'elle alterne avec cette propension à jouer l'effleurement et la douceur, contrebalance parfaitement le jeu iconoclaste de Risser. La pianiste a un jeu énergique et diablement rythmique, puissant et leste qu'elle peut en un instant abandonner pour changer de couleurs et jouer un parti pris plus harmonique, avant de revenir à un jeu plus urgent encore (voir l'excellent "Nejire"). L'alchimie entre les deux musiciennes est immédiate, et l'on sent du plaisir, si ce n'est une jubilation à jouer ensemble un répertoire qui fait souvent le grand écart entre plusieurs influences...
Dans des moments de pure liesse, comme cette reprise vigoureuse du "Can't Get My Motor To Start" de Carla Bley, véritable réussite de l'album, il y a cette légère acidulation pop qui donne encore plus d'énergie à l'ensemble, de même que dans le virulent "Wonky Monkey Boogie" ; mais même dans chacun de ces morceaux, il y a une déviation, un passage dans l'inconnu et des chemins de traverse où le ton devient plus sombre et plus tortueux. Il prend même des atours plus contemporain dans cette belle "Chaconne" en hommage à Ligeti.
Cet équilibre entre énergie et poésie trouve d'ailleurs toute son essence dans "Hanakana" qui ouvre l'album sur une épure de piano légèrement teintée de la rythique tonique d'un poème japonais à la scansion particulièrement travaillée.
Une rencontre fortuite comme il n'y en a rarement d'aussi agréable...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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