Il va encore être question de clarinette, dans cet article.
Ca fait longtemps finalement que je n'ai pas vitupéré envers les baudruches médiatiques étincelantes de leur soif de pouvoir. Parce que c'est vain, sans doute, parce que cela ne me réjouit pas totalement quand je le relis et parce que le temps compté par les diverses obligations et délices de la vie ne me laissent pas le temps de railler ou de pester, la forme plus lapidaire de twitter me semble plus adaptée en ce moment. Pourtant...
Pourtant, il y aurait à écrire, sur les sauvageries de l'économie et les lâchetés des sauveurs suprêmes autoproclamés. Sur les postures intenables dictées par l'agenda. Sur les comédies jouées d'avance pour tenir la populace en laisse.... La veulerie et le factuel ont pris une telle place dans l'agenda du jour que la nausée est proche. Un totalitarisme mou, qui ressemble de plus en plus au Fahrenheit 451 de Truffaut et Bradbury, pointe son nez et moi j'écoute de la musique. Guère brillant.
Et puis il y a des instants où l'envie de hurler est plus forte. Même contre Sarkozy alors que ça ne sert à rien. A rien du tout, car il n'est rien ; juste un VRP un peu vulgaire venu faire un devis pour des fenêtres en PVC et qui se rengorge de technique alors qu'il n'a jamais tenu un marteau de sa vie. Et qui à la fin essaiera de vous vendre un contrat obsèques avec la petite blagounette et le clin d'œil nerveux. Multicarte et rustaud. Il n'est que ce qu'est la lune pour l'imbécile, mais on hurle quand même. C'est triste.
Il y a quelques mois, le blog du monde L'Elysée côté Jardin contait –oui, contait, parce qu'à ce niveau de storytelling foireux, on est dans du Grimm sous lithium- l'inauguration à Chaumont du Pompidou mobile.
Il convient ici de faire un aparté.
Ami jeune, toi qui te retrouverais sur ce blog après une recherche infructueuse sur gougueule, Pompidou mobile n'est pas un nouvel opérateur téléphonique qui offrirait des Mp3 de MC Messmer ou de DJ Corti-zone. C'est un musée d'art contemporain itinérant.
Bref.
Donc Sarko visite Chaumont, la ville de l'ineffable Luc Châtel, investi de sa nouvelle stature d'homme de culture (sa posture la plus drôle, celle qui rend sans doute le mieux hommage à Louis-Philippe Fourchaume, le patron du Petit Baigneur...). Il faut lire ce billet car il vaut tous les révélateurs sur la vulgarité de cet homme si moderne et de sa haine de l'art en sautoir, juste à proximité de la Rolex. Lire cette obsession de l'argent qui ne lui fait comparer Léger et Klein que par leur cotation sur le marché... Ah, ce petit Bonaparte pour qui un musée sert avant tout à exhiber des œuvres de grandes valeurs pour déterminer sa puissance ! Notre petit président sait rajouter à cela une manière bien à lui de ramener sa science en lisant mal les fiches qu'on lui a préparées. Il faut se placer en perspective -cavalière, forcément cavalière- et s'imaginer l'illustre devant ce monochrome orange. Tout ce mépris de la culture face à cette abstraction. Ce neutre face au vide. Ce clinquant face à l'abrupt. Et nous voilà revenu au bon vieux temps des charlottes périgourdines...
On pouvait également avoir ce sentiment lors de sa visite aux Restaurant du Cœur cette semaine. La visite aux blessés après la Bérézina, sans caméra pour pas faire croire, mais avec quelques journalistes quand même. La fausse impression de la dignité. L'air compassé de celui qui veut donner de la brioche. La froide constatation de son crédo économique. Quelques mains cyniquement secouées, comme pour en jauger la peine... Et puis cette morgue quand il félicite une association de faire un boulot qui devrait être assumé –et mieux assumé, de fait- par l'État, tout en n'augmentant pas les subsides, laissant la générosité en charge aux à peine moins pauvres.
Et puis soudain, la nausée. Irrépressible et définitive devant tant de cynisme. Je m'en retourne à ma musique. John Greaves chante ; je ne suis pas sur que ça change quelque chose, mais ça réchauffe.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

231--Nuit-de-plomb