Pour son second album, le quatuor IXI publie avec Cixircle un disque d'une rare finesse qui perpétue le propos de cette formation créée en 1994 par l'altiste Guillaume Roy. Le quatuor a d'ailleurs gardé la même structure, à ceci prêt que le violoncelliste Alain Grange a été remplacé par Atsushi Sakaï, jeune violoncelliste multiprimé qui apporte à l'ensemble son approche de la musique ancienne, notamment dans son rapport à l'improvisation.
IXI a choisit le nom de quatuor pour que chacun comprenne bien de quel fenêtre il parle. De celle du quatuor à cordes classique jusque dans son langage et son ordonnancement, sans que le mot ne l'enferme. Au contraire il le libère de toute étiquettes. Car si la pâte orchestrale comme les relations entre les instrumentistes sont de facture classique, le propos est en en totale liberté et ne s'interdit aucune limite ; tout est neuf et en constant mouvement. C'est ce qui met donne à l'ensemble une véritable énergie et des impressions de fulgurance dans les ostinati et le tramage des archets. Ainsi, à l'écoute de "Séquence 15", morceau écrit par Roy, on perçoit une influence très contemporaine où Schoenberg n'est jamais loin, en même temps qu'une cosmogonie d'improvisations en devenir de chaque pointe du quatuor, fragiles et inexorables.
C'est l'équilibre du quatuor qui en fait sa force. A côté de Guillaume Roy dont on avait pu apprécier la qualité de l'improvisation dans Amarco, on retrouve Régis Huby qui compose la plupart des morceaux et apporte à l'ensemble une tonalité plus jazz, sensible dans un morceau comme "Cixircle". A ses côtés, Irène Lecoq a un parcours classique au violon qui ne l'a pas empêché de collaborer avec des musiciens comme Antoine Hervé. C'est la dynamique entre les musiciens, et la recherche du point de fusion entre l'écrit et l'instantané, comme entre le parcours de chacun, qui détermine la musique de l'ensemble.
Au centre de l'album, Huby propose avec "Okina" une sorte de synthèse de leur échange. Dans une écriture très énergique qui lui ressemble beaucoup, il dessine avec beaucoup de poésie une musique ou chacun parle en même temps pour forger un propos commun. On retrouve le rôle structurant et texturant de Roy qui permet à chacun d'avoir un jeu plus ample et plus créatif, notamment Sakaï qui est particulièrement impressionnant.
Mais c'est dans le "News et Abstractions" final que le Quatuor IXI délivre la plus claire expression de leur musique, bien plus urgente que tout ce que les clichés laisseraient penser d'un quatuor, a fortiori de cordes. Enregistré Live au Triton, il prend le temps de décanter la musique et laisser une large place à l'improvisation, travaille les interactions entre chacun des musiciens. Si la figure géométrique du Cixircle existait, elle serait bien sur variable mais laisserait une égalité parfaite à chacun de ses angle. C'est le secret de cette musique dont les limites servent à être transgressées.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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