J'avais, à plusieurs reprises attiré l'attention des lecteurs sur l'initiative, louable sur le fond, des jazzmin de réunir tous les acteurs de la "filière jazz". On pourrait gloser sur ce terme de filière, assez bridant et renvoyant aux étiquettes économiques des marchands de soupe, mais ce n'est pas le propos. Tout ceci renvoie aux interrogations initiales ; pourquoi le jazz et pas le baroque, les ensembles contemporains, les orchestres classiques, les Métalleux... Et tous ceux qui sont au milieu de tout cela ? On sait qu'il s'agit d'un terme institutionnel et comme ces rencontres ont été chaperonnées par le ministère, il est normal qu'il s'y trouve. Filière laitière, filière classique, filière bois... de la culture à l'agriculture, la matière première subit décidément les mêmes termes...
Inutile revenir sur le fond de ce que j'ai déjà écrit ici et là, mais à l'occasion de la sortie d'un rapport de 18 pages issu des groupes de travail organisés par le ministère, il était normal de revenir sur ce qu'il contient. Evidemment, le temps manquant et les élections approchant, les groupes de travail ont disposé de peu de temps pour pondre ce rapport qui de ce fait expose plus qu'il n'analyse. 
Il reste cependant un opuscule qui propose des pistes intéressantes qui ont d'ailleurs a priori notablement évolué par rapport aux prises de positions initiales, notamment sur les majors. On peut le dire, on doit le dire, le rapport regorge de bonnes idées sur la musique et les musiciens...
Qui ne concerne d'ailleurs pas que la "Filière", au risque de redites.
Tout est cependant affaire de contexte et de calendrier. Et surtout, de fenêtre de tir. Car s'il fallait absolument que ces rencontres se fassent dans le cadre institutionnel d'un ministère, autant qu'elles débouchent sur du concret. Sinon, il ne s'agirait effectivement que d'un Théodule qui aurait bien mieux fait de se réunir indépendamment pour formuler des propositions et des revendications à tous les candidats.
Le rapport est remis à un ministre qui ne le sera sans doute plus dans quelques semaines quoiqu'il arrive. Le ministre d'un gouvernement nommé par un président qui ne le sera que "quand il le faudra" -ce sont ses termes-. Un ministre dont la dernière tâche est de boucler le Centre National de la Musique.
Il est à craindre que la poussière attende déjà ce rapport...
Peut-être n'aurait-il pas mieux valu combattre le CNM ? A mon sens, il y a deux sortes de rapports : ceux qui sont des commandes politiques -qui sont confiés à des politiques, comme pour le CNM- et d'autres qui sont confiés aux "acteurs" dans un but occupationnel.
Je souhaite sincèrement que mon cynisme m'égare...
Le rapport est remis dans un contexte de rigueur sur le budget de la Culture. 47 millions d'Euros en moins sur le budget "création" du ministère en 2012, c'est la certitude d'une alternative : le financement compensatoire par les collectivités territoriales ou la mort de centaines de projets et de bonnes idées. Dans ce contexte de défaussement permanent de l'Etat sur les budgets territoriaux en matière de culture, la non-invitation des collectivités territoriales aux ateliers dans le contexte politique et calendaire actuel est assez problématique.
Toujours dans la série des nouvelles fraîches, on apprend hier dans Le Monde que le prestigieux Orchestre National d'Ile de France voit sa subvention "Etat" maigrir drastiquement, alors même que l'orchestre est l'un des fleurons hexagonaux à l'étranger. On peut d'ailleurs le soutenir.
Au risque de me répéter, la casse dont tous les acteurs culturels sont victimes n'est malheureusement pas l'apanage du seul "jazz", et ont un fauteur de cause majeur : la politique libérale et de profit de ce gouvernement.
L'oublier, c'est se diviser.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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