Parmi les places fortes de l'Europe du jazz, on pense souvent que les pays francophones se payent la part du lion. Un lion qui rugit certes fort, mais qui n'est pas seul ; c'est le problème bien souvent des sorties pléthoriques d'album, c'est paradoxalement de restreindre le champs d'action et in fine le champs d'écoute. Ce blog essaie de parler d'autres lieux : la Hongrie, la Suisse, l'Allemagne, le Portugal notamment, où les scènes sont vivaces...
Mais il y a d'autres eldorados.
L'Italie notamment, où l'histoire est ancienne, et assez proche de la scène française, pas seulement géographiquement.
La Musique Improvisée et et le Free Jazz y ont une riche histoire et des labels portent encore haut les couleurs de nos musiques. Notamment Rudi Records, dont chaque sorties mérite un grand intérêt, comme j'ai eu la chance de l'écrire pour Citizen Jazz à propos de Comanda Barabba, de Fabio Sartori ou, de manière plus ancienne, du Dinamitri Jazz Folklore.
Une richesse qu'il convient d'évoquer, notamment lorsqu'on écoute des formations comme le sextet Porta Palace Collective.
Porta Palazzo est un célèbre marché du centre historique de Turin, qui brasse les cultures en harmonie. Plus qu'un précipité de la musique d'un groupe très ouvert et traversé par plusieurs influences, c'est aussi un lieu de vie et d'échanges pour six musiciens qui ont en commun d'être passé par le même conservatoire. Quatre trentenaires réunis autour du trompettiste Johnny Lapio qui accueille par ailleurs un musiciens plus âgé et renommé, le tromboniste Giancarlo Schiaffini, qui signe les musiques de ce premier album en forme de manifeste.
Ancien compagnon de route de Lol Coxhill et membre du légendaire Instabile Orchestra, le tromboniste éclaire une ligne de soufflants extrêmement mobiles où l'on retrouve également le saxophoniste ténor Giuseppe Ricupero. Tous les trois aiment à se projeter les uns face aux autres dans une masse orchestrale qui leur laisse beaucoup d'espace, à peine délimité par la contrebasse rugueuse de Gianmaria Ferrario.
Ainsi, sur l'excellent "7 Mosquitos" où trompette et trombone agissent comme des nuées d'insectes qui fondent vers un orchestre dont Ferrario est le point central, d'abort en s'enpètrant dans la pluie cristalinne du piano de Lino Mei, puis en laissant le coloriste batteur Rubens Bellavia donner du relief à un ensemble extrêmement versatile.
Au delà de l'éclatante virtuosité de Schiaffini, ce qui n'est pas une nouveauté puisque c'est un des grands trombonistes européens, et sa complicité avec Lapio dans des discussions animées ("Scatole In Movimiento"), c'est cette base rythmique étrange avec ce contrebassiste placide et ce batteur qui se positionne en sculpteur de la masse orchestrale bien plus qu'en gardien de la chose pulsatile qui interpelle.
La musique de Porta Palace Collective semble parfois partir en tout sens, sans perdre en cohérence. Ainsi, la ballade doucereuse sussurée par la trompette sur "Sola Sotto le Stelle"  se délite comme fond une bougie jusqu'à filer vers un reggae de contrebande puis se retrouve bousculé par un saxophone pugnace. De la même façon, le blues fiévreux de "Old Fashioned" qui ouvre l'album est une suite d'instantanés qui vont du jazz le plus classique jusqu'à la musique ancienne sans pour autant sortir d'un chemin sinueux mais balisé. On a le sentiment d'évoluer à la fois en terrain connu, voire familier d'un Free Jazz très marqué par la scène de Chicago et de soudaines échappées vers des univers bigarrés.
Une belle découverte.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

11-Lumière