On se lance ?
Le prestigieux label Budapest Music Center, dont nous avons maintes fois parlé ici ou bien ailleurs -sur Citizen Jazz, avec une régularité d'horloge-, édite également des disques de musique classique et contemporaine en surplus des habituels disques de jazz. 
J'ai longtemps repoussé le moment de parler de musique classique et contemporaine sur ce blog, mais le moment est venu. Rangeons les craintes d'illégitimité, ou alors faisons fi de ce que je dis souvent : les étiquettes sont affaire d'entomologistes. Le reste n'est que question d'écoute.
Peter Eötvös est certainement l'artiste le plus indiqué pour commencer cet exercice. Né dans cette Voïvodine qui est une balle de mousse entre la Hongrie et la Roumanie et a donné naissance à de nombreux grands musiciens contemporains (Ligeti avant toute chose), il est un de ce jeune compositeur prodige grandi à l'ombre de l'école hongroise. Elève de Kodály malgré son jeune âge -il est repéré à 11 ans-, il a côtoyé Ligeti. Arrivé en Allemagne à la fin des années 60, il est à Cologne avec Stockhausen et fait partie de son ensemble. A la fin des années 70, il rejoint Boulez et finit de s'affirmer comme un chef d'orchestre de grande stature. Il dirige le premier concert de l'IRCAM en 1978.
Mais il est, pour bon nombre d'amateurs de musique celui qui a écrit un saisissant Psalm 151 à la mort de Zappa, mais aussi s'est énormément nourri de l'improvisation et du jazz pour ses compositions.
Dans la collection de BMC, Peter Eötvös apparaît tout autant comme compositeur -son opéra 3 sisters, par exemple, mais aussi sa grande oeuvre Zero Points- que comme chef d'orchestre ; dans les rayonnages de ma discothèque trône notamment une version réjouissante du Sacre du Printemps avec le Goteborg Symfoniker et une lecture de Ligeti et Kurtag par un orchestre de chambre.
Concertos, le présent disque, présente trois concertos du compositeur, qui dirige également deux orchestres.
Le BBC Symphony Orchestra joue "Lévitation" pour deux clarinettes solistes. C'est une oeuvre qui joue sur le flux et le reflux de l'orchestre, où les cordes suivent le va et vient du soufflet d'un accordéon pendant que les clarinettes virvoltent et où la tension n'est jamais loin du silence.
Eötvös est un musicien de l'image. Il a sonorisé nombreux films à l'époque où il était de l'autre côté du rideau de fer. C'est une donnée constitutive de son oeuvre.
Le Goteborg Symfoniker, un orchestre qu'il connait bien, interprète quant à lui deux concertos. "Cap-ko" est une oeuvre dédiée à Bartok où le piano de Pierre-Laurent Aimard joue avec beaucoup de gravité dans une atmosphère qui parait saturé d'artefact électroniques et d'électricité menaçante (quatrième mouvement).
Mais ce sont les cinq mouvements de "Seven" qui attirent l'attention. Enregistré au Palais des Arts (le fameux Müpa) de Budapest, l'émotion saisit dès les premières mesures. Ecrit en hommage aux sept disparus de la fusée Columbia qui a explosé en 2003, le concerto présente sept portraits que la violoniste Akiko Suwanai habite absolument.
Il existe un autre enregistrement, plus ancien, de ce concerto chez Harmonia Mundi... Mais il n'a pas cette force ni cette fluidité. Le rapport de la soliste à l'oeuvre est très intime : au gré des voyage de l'archet, on est dans les débris, vaporisés dans la stratosphère.
Dans Seven, on entend l'espoir et le désespoir qui se croisent. Le monde nouveau qui explose en vol. Il y a dans l'intensité de l'orchestre comme une rage sourde devant l'impensable, notamment dans cette Second Cadenza ou les pizzicati du violon répondent au torrent de l'orchestre.
La profondeur et les éclats soudains. On en reste interdit.
Autant le dire, la profondeur du son BMC est un atout majeur. On s'en apercevra également sur deux disques vocaux sortis en même temps que ce Concertos. On s'en apercevra notamment sur le saisissant Oriental Lumen II dont l'aspect religieux peut parfois dérouter, mais qui reste d'une qualité remarquable. Ce label est un trésor.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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