Il y a trois ans, nous avions évoqué Le Chant des Possibles, le disque du trompettiste et bugliste Rémi Gaudillat, premier album plein de promesses avec ses amis de la compagnie Les Improfreesateurs, nom suffisamment explicite pour comprendre de quoi il en retourne.
Trois ans plus tard, voici que le quartet où l'on retrouve notamment la trompette de Fred Roudet, comparse indéfectible de Gaudillat, revient avec Orchestique, dont la pochette nous dit qu'il s'agit d'un terme antique, qui évoque la danse et "sa relation intime avec le théâtre, la poésie et la musique."
Quelque chose d'assez total et confluent, donc. Une configuration qui sied à merveille à ses quatre musiciens qui dynamite la scène des bords du Rhône aux Alpes depuis de nombreuses années, de Bigre ! Pour le tromboniste Loïc Bachevillier au Libre(s) ensemble de Bruno Tocanne, dont le label IMR accueille ce Possible(s) Quartet.
Oui, on aime les s entre parenthèses dans cette famille de musiciens...
Le Possible(s) Quartet, c'est donc le nouveau nom de l'ensemble de Gaudillat. Qui n'est donc plus seulement l'album de Gaudillat, d'ailleurs, mais une action collective vraiment soudée, qui dès « Du mouvement ! » et plus encore dans le beau « Les Poilus » signe une volonté de s'inscrire dans la danse, une danse onirique et ouverte à tout vents. Avec des clins d'oeil à ce qui se trame du côté de l'ARFI, dont l'ombre plane sur cet album (« Nuit et autres danses », mais surtout le magnifique et très « folklore imaginaire » titre de Bachevillier « Le Miroir d'Igor » qui lui fait suite), plus encore qu'il ne planait sur le chant des possibles.
Bel album que ce premier, on s'en souvient. Une pâte orchestrale étonnante, tout de souffle mais pas tout de cuivre, une clarinette se glissant entre les embouchures. L'anche de la clarinette basse à la place d'un tuba que l'on pouvait attendre dans ce qui se donne les allures d'un brass band.
Un choix qui est bien plus qu'une coquetterie : sur Orchestique, la présence de la clarinette basse de Laurent Vichard est l'élément de déséquilibre, celui qui ouvre, justement, les possibles. On parlait du « Miroir d'Igor », la seconde partie du morceau permet à Vichard de tenir une basse douce, caressante, sur laquelle ses trois comparses dansent avec une grande liberté.
C'est la poésie qui est le moteur du quartet. La « Fanfare pour a Wedding » est pleine de surprise mais surtout de rêves. On la suit dans sa marche plein de détours, de volte-face et de pas-de-deux. Le groupe est très soudé, on perçoit une grande amitié entre les musiciens, et le fait que les morceaux soient signé à parité par les quatre soufflants est un signe d'ouverture à un langage commun.
Les solos sont rares, vite soutenu par un complice, mais ils relancent une machine huilée, fluide et diablement plaisante.
Les alambics qui ornent la pochette nous disent une chose qui vaut toutes les analyses : la musique d'Orchestique vient d'années de collaboration, elle chemine entre les tuyaux des instruments, elle s'alcoolise avec classe dans les échanges incessants entre le trombone et les trompettes et elle chauffe dans les tuttis. Il en percole un puissant élixir qui enivre sans gueule de bois et fait voir pleins de couleurs le temps d'un disque.
Parfait breuvage pour les oreilles.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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