Sylvain Cathala nous revient, et cette information à elle seule est une grande nouvelle. Nous suivons depuis suffisamment longtemps sa musique pour savoir qu'il a de nombreuses choses à dire, avec une rigueur intellectuelle, musicale et par bien des aspects, mathématiques qu'on peu reconnaître en un instant.
Ainsi, dans "Bloody 2", lorsque la contrebasse de Sarah Murcia joue ses premières notes, profondes, franches, toujours lumineuses, on entrevoit déjà toute la mécanique de précision qui va s'en suivre. Elle se nourrit de rythmiques impaires, de stratégies de tension toujours renouvellées entre pression et détente, de trouvailles harmoniques à la fois innovantes et simples.
Bref, d'un petit bonheur.
On sait, avec Print et ses vingt ans ou le trio et ses dix ans que Sylvain est un fidèle. Comme le Triton lui est fidèle. C'est là qu'il enregistre Hope, nom d'un titre déjà utilisé sur Flow and Circle avec Sarah Murcia et Christophe Lavergne comme noyau soudé par empilé.
Il n'est pas affaire de redite à voix multiple, mais d'exploration de nouvelles contrées. Toutes nouvelles même, puisque malgré la présence de Benjamin Moussay qui émarge dans Print, les têtes sont neuves. Pas de Stéphane Payen par exemple, ni de trompette, mais Guillaume Orti qui à l'alto apporte une forme de douceur et renforce le caractère très central du ténor ("Hope 4 - part 2").
Pas de Gilles Coronado à la guitare, mais Marc Ducret qui apporte un son plus sporadique qui n'a pas ce rôle de travail lancinant sur la masse sonore qui est celui du guitariste de Print. Bref, une formule différente où le son de Cathala est plus rond, plus apaisé.
Moins urgent peut être mais toujours aussi mobile, en témoigne le magnifique "Enee's Story", déjà du répertoire du trio et certainement le morceau le plus impressionnant de ce disque. Le saxophone déroule une mélodie pleine de lyrisme, la contrebasse et la batterie à ses côtés, aiguillonné par le baryton de De Werf, toujours aussi flottant et atmosphérique.
C'est lui qui donne à cette musique un aspect très malléable, comme capable de s'adapter à tous les obstacles et prendre parfois des atours très oniriques.
Il ne s'agit pas de jouer plus longtemps aux comparaisons, mais la grande différence entre ce septet et Print réside dans la dureté de la base rythmique. On ne s'étonnera pas de dire que Murcia/Lavergne, ce n'est pas Vaillant/Morel. Le présent attelage est moins rugueux, plus chaleureux peut-être. Le jeu de Christophe Lavergne est plus coloriste, moins frappeur ("Hope 4 - Part 1")
Cela influe la dynamique de groupe jusqu'à donner le sentiment d'une transition. Nous avons toujours dit que Print était une musique nocturne et qu'au contraire le trio est plus solaire.
Hope se situe dans une sorte de transition, dans une lumière naissante et matinale, grandissante à mesure que le temps passe. L'espoir s'éveille dans le même temps.
Sylvain Cathala sait toujours compter. Il sait que sept, c'est quatre plus trois : un trio de base et quatre ouvreurs de piste. Une rythmique ou s'ajoute le baryton et quatre voix plus mélodiques. Une ligne de trois soufflants et une machine infernale où se couple acoustique et électricité... 
Sylvain Cathala peut toujours compter. Sur nous, cette fois. Ce disque est magnifique.

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