Découvert lors d'une visite parisienne au Souffle Continu, le duo du trompettiste Jean-Luc Cappozzo et du contrebassiste Claude Tchamitchian paru sur le label tarbais "la nuit transfigurée" et qui m'avait échappé lors de sa sortie en 2004 est depuis quelques semaines un habitué de ma platine.
La rencontre entre ces deux musiciens n'est pas nouvelle : le trompettiste compagnon de route de l'ARFI et le génial contrebassiste se cotoient depuis 20 ans dans divers projets. Sur ce disque, chacun apporte sa technique et son inventivité à un projet qui mélange les saveurs et le sens, le nouveau et l'ancien dans une nouvelle musique qui s'épanche sur la nouvelle cuisine.
En musique comme en gastronomie, la qualité des produits prime sur toute autre considération. Mais la musique ne connait pas de péremption, si tout y est succulent. C'est le propos du "soufflé aux éclisses", titre poétique qui souligne la finesse du propos. Les deux improvisateurs esthètes et gourmets y jouent une musique organique qui s'inspire de raffinements culinaires, tout comme la gastronomie se lit parfois comme une grille ou une partition.
La musique, la table. Il y aurait des milliers d'analogies, de nuances, de rapprochements, il y a en commun tant de sens, tant de verbes... Le soufflé est éclatant de saveur dans le discours entre Cappozzo et Tchamitchian, un discours d'amitié et de complicité qui mitonne de phrases de trompette pendant que la contrebasse s'alanguit ou qui explose en trille pendant que le bois grince... Tout comme dans Äänet, l'expressivité du son de Tchatmitchian offre une palette d'impression, de sens, d'évocations, d'épices rythmiques. C'est le cas aussi des titres qui évoquent bien sur la cuisine : braisé à la cardamome, anis étoilé...
Le livret qui se présente comme un livre au luxueux papier, au delà de la musique on y trouve un texte de Michel Onfray sur la politique de la gastronomie en tout point intéressant, des photos, des dessins, les textes cités dans le disque... Au delà de l'intérêt de relier les expressions artistiques, les disques-objets de ce type sont toujours un bonheur à avoir dans sa discothèque.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir ? Pas sur.

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