C'est tellement un cliché, de par le fait de son seul titre, de retrouver Free Jazz dans les "racines du bien" que j'ai très longuement hésité à l'y placer.
D'autant que si je devais choisir, ce n'est pas forcément le disque d'ornette Coleman auquel je penserai en premier, ayant une préférence nette pour "Tomorrow is the question"... Mais à y réfléchir, ce disque s'impose de lui même tant il est important, incontournable et toujours d'une résolue modernité d'écoute, d'une constante radicalité dans sa forme...
Quand on écoute "Free Jazz" de Coleman, avec ses deux quartet qui se partage une stéréo égalitaire pour délivrer une musique virulente qui se décide à avancer de nouvelles formes musicales cohérentes, on est comme dans l'abbaye de Chimay face au brassin originel : elle reste toujours celle qui a posé des bases sans être à la merci du temps.
Le disque de Coleman est un monument, et entendre la finesse du jeu des musiciens dans un apparent chaos, cependant tout à fait réglé par la discipline libertaire de ses membres est un véritable bonheur. Il fallait une dose de courage, en 1960, malgré les prémices avancées par Coleman et son trompettiste Don Cherry, par Dolphy ou encore Mingus, pour un tel disque d'improvisation collective et un morceau de 37 minutes où seules quelques mesures écrites donnait quelques indications liminaires voit le jour. Finalement, réussir à faire de ce disque une œuvre au delà de la performance, où chacun des musiciens semble magnifier le collectif et donne plus de profondeur et de relief au propos.
La présence de deux basses, ainsi que les échanges entre la clarinette basse de Dolphy et l'alto de Coleman sont des sources infinies de voyage et de découverte au sein de cette musique, qui peut, au gré des différentes écoutes transporter l'auditeur vers des nuances différentes. L'une des grandes trouvailles de cet album, c'est le féroce quartet de Coleman à gauche (Avec Cherry à la trompette, la basse discursive de La Faro et la batterie de Higgins) et l'élégant quartet de Dolphy à droite (Hubbard à la trompette, Un Haden époustouflant à la basse et Blackwell à la batterie), une idée que Coltrane reprendra avec Meditations. Si la première écoute peut déstabiliser, il suffit de s'imprégner de la musique pour en percevoir la richesse...
Le seul regret de l'édition CD d'Atlantic est la moindre importance laissé au tableau "White Light" de Jackson Pollock qui est pourtant le meilleur ambassadeur de l'album... En effet, tout comme le tableau du MOMA, la musique parait abstraite et sans construction avant de rentrer dans la profondeur, dans les détails, dans la finesse de la chromie... Il y a dans les 10 premières secondes de l'album une brusquerie déstabilisatrice qu'aucun disque de rock se voulant rebelle n'égalera. Une sauvagerie qui s'ordonnance dans un nouveau langage...
Une ouverture des possibles.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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