Octurn fait partie de ces groupes structurant et inattendus de la scène jazz européenne qui livre à chaque sortie un disque rempli d'une atmosphère à la fois nouvelle et familière, et qui surtout semble avoir plusieurs longueurs d'avance sur les sorties de disques de ses contemporains. Les belges d'Octurn sortent finalement peu d'album mais ceux-ci, à l'instar de ce double sont foisonnants et denses, comme la rythmique prédominante et hallucinante de créativité qui prédomine.
le groupe à géométrie variable du saxophoniste Bo van der Werf, baryton élégant qui dans la discrétion de ses créations impose un son et une visitation de ce courant musical que nous appelerons "M-base" pour faire simple, en référence au collectif de Steve Coleman dont, dans Octurn, le fantastique batteur Chander Sardjoe fait partie, est toujours très attendu et fait en général date.
A travers les albums, Octurn, (qui avec 21_emanations a signé, à mon sens, un des dix disques les plus importants de la décénnie), s'appuie sur une électronique qui n'est pas seulement "décorative" ou stylistique, mais vraiment au coeur même et à la source de cette création complexe.
Ici, c'est un pensionnaire de l'IRCAM, Gilbert Nouno qui créé une atmosphère urgente, acide parfois qui donne une couleur nouvelle à Octurn en l'absence de Guillaume Orti, avec la complicité de Lynn Cassiers, la splendide chanteuse déjà aperçue dans Lidlboj, ce qui influe directement sur le propos de l'album.
Une électronique qui fait pencher parfois la musique d'Octurn vers les rivages sombres d'Aphex Twin ou d'Autechre tout en restant toujours dans l'esthétique "classique" du M-Base par le jeu foisonnant, tant de la section rythmique (Jean-Luc Lehr (membre de Benzine) à la basse et Chander Sardjoe à la batterie) que du guitariste Nelson Veras, absolument bluffant tout au long de l'album.
Dans l'ensemble de ces morceaux écrits à quatre mains avec le clavièriste Jozef Dumoulin qui prend ici une part importante, l'atmosphère parfois éthérée et alcaline comme un rêve perturbant envoie l'auditeur dans un voyage sensuel au milieu des rythmes du Monde, et ce sans que cela soit un caractère dominant mais une sensation nébuleuse, organique, presque paradoxale.
7_eyes,puise son nom dans la mythologie indienne. Cela induit parfois, au détour d'un sample ou d'une boucle, dans "morning ritual" ou dans "Ives#3" un son auquel la rythmique fait souvent directement allusion.
S'il s'agit d'un album d'Octurn, la musique de Dumoulin, le Dumoulin de Lidlboj est le grand influenceur de 7_eyes comme Malik le fut de 21_emanations.
C'est ainsi que l'on retrouve ses traits saignants de fender rhodes et ses chants d'enfants kaléidoscopiques qui donnent ce ton si particulier. A ce titre, le morceau "place des étoiles" et cette reprise étrange "d'une chanson douce" donne parfaitement le ton au reste de l'album...
Un album prenant, addictif et bourré de subtilités qui se dévoile sur le long terme. Un album d'Octurn, en bref...

Et une photo qui n'a strictement rien n'a voir...

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