Le pianiste Jean-Marie Machado est de ceux qui depuis la fin des années 80 a œuvré pour la convergence et la recherche d'un langage commun entre les musiques concertantes du jazz, de la musique classique et des musiques traditionnelles en formation restreinte (trio avec les frères Moutin ou avec Raulin et Solal ou duo avec Dave Liebman...) comme en grande formation avec le sextet Andaloucia ou avec Danzas. En multipliant les collaborations prestigieuses également dans des projets toujours ambitieux (Andy Sheppard, Viret, Motian, Ramon Lopez, Laurent Dehors...). Il apparait à ma grande honte que je n'ai jamais évoqué son nom sur ces pages
Que cet oubli soit réparé à l'occasion de la sortie de Fiesta Nocturna, le nouvel album de Danzas, le nonet que Machado dirige depuis 4 ans et qui est membre de Grands Formats.
Fiesta Nocturna, sorti chez Bee Jazz, est un voyage assez magique dans la musique qui fait se mouvoir les corps à travers le monde, du taciturne Paso-Doble ("Paso Oscuro") à la valse triste d'un petit chien vagabond mené par la poésie de l'accordéon de Didier Ithursarry ("Little Dog Waltz"). La poésie est constante dans cet album, et Ithusarry apporte beaucoup à ce sentiment par un jeu dépouillé et imparable. Une poésie qui se passe de mots pour s'appuyer avant tout sur une rythmique coloriste où la contrebasse boisée de l'allemand Henning Sieverts fait merveille, notamment sur les morceau ou François Merville est à la batterie.
La musique très écrite de Machado est lumineuse, et parait simple derrière un luxe d'arrangements denses qui ravissent par leur intelligence et leur finesse. Il y a comme la lumière vacillante des lampions d'un bal imaginaire et chaleureux qui traverse l'album et nous enchante totalement. Il suffit de se plonger dans le mutin "Reel'n'roll" pour s'en convaincre, avec cette phrase musicale qui semble sortir tout droit de la tradition galicienne avant de se déconstruire dans un folklore imaginaire ou s'épanche une longue tirade de piano pour mesurer la liberté de cet album.
Si le matériel de Machado est celui de la danse qui virevolte au dessus du bassin méditerranéen, des tarentelles italiennes au chimères andalouses (on notera ce "Cantamarruecos" ou le tromboniste bulgare Georgui Kornazov fait merveille...), il sait également prendre la tangente et atterrir sur un Chinese Reggae transformiste qui exclue avec bonheur la rythmique entêtante pour ne conserver que la légèreté des timbres... Car le travail du pianiste sur les cuivres est particulièrement remarquable. En plus de Kornazov, on trouve Jean-Charles Richard aux saxes et le trompettiste allemand Claus Stötter qui prend une place indispensable dans Fiesta Nocturna. On a le plaisir également de retrouver le magnifique tuba de François Thuillier et le flûtiste Joce Mienniel, grand habitué des grandes formations (ONJ actuel, X'tet de Regnier... Les deux comparses, de chaque côté du registre donnent ce supplément d'âme, cette allure dégingandé à la musique de Machado, notamment Menniel sur le très groove "Pizziche Tarentate".
On se laissera émerveiller par Fiesta Nocturna en se pourléchant d'avance du prochain opus de Danzas : une "Fëte à Bobby (Lapointe)" en compagne d'André Minvielle...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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